Traduction : Camille Marronnier [Texte original disponible ici]

INTRODUCTION

Fils d’un rabbin et d’une enseignante, Marshall Ganz a grandi à Bakersfield, en Californie. Il a été Secrétaire général du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC, comité de coordination des étudiants non violents) et a passé 16 ans au United Farm Workers Union (UFW, le syndicat des travailleurs agricoles) où il s’est formé à l’organisation collective dans différents contextes (lutte syndicale, mobilisation citoyenne ou encore campagnes électorales), est devenu directeur de l’organisation puis membre élu de son comité exécutif national pendant 8 ans. En 1991, il est retourné à Harvard pour terminer une licence en histoire et gouvernement américains. Il est désormais maître de conférences en politiques publiques à la Harvard Kennedy School, a reçu de nombreuses récompenses pour son enseignement et publie des articles dans des revues académiques et grand public.

[@marshallganz.com]

Les organisateur·rice·s identifient, recrutent et forment des leaders, leaders grâce auxquels ils/elles bâtissent des communautés [1], communautés à partir desquelles ils/elles construisent du pouvoir. Les organisateur·rice·s poussent les gens à agir au nom de valeurs et d’intérêts partagés. Ils/Elles tissent des liens de solidarité, favorisent la conscientisation [2] et encouragent le passage à l’action.

Ce faisant, ils permettent ensuite aux gens d’acquérir un nouveau regard sur leurs intérêts propres, de nouvelles ressources ainsi que de nouvelles capacités à utiliser ces ressources au nom de leurs intérêts. Les organisateur·rice·s ont recours à des « dialogues » [3] afin de développer des liens de solidarité, des prises de conscience et des passages à l’action qui prennent la forme de campagnes.

Les organisateur·rice·s entremêlent liens de solidarité, conscientisation et passage à l’action afin que ces processus contribuent les uns aux autres. Cela permet d’aboutir à de nouveaux réseaux de relations, suffisamment larges et solides pour constituer la base d’une nouvelle communauté en action. Cela permet également de faire émerger de nouveaux récits qui racontent qui est cette communauté, d’où elle vient et ce qu’elle va devenir – mais aussi comment elle va le devenir.

De là découle une stratégie qui prévoit comment une communauté peut convertir les ressources à sa disposition en pouvoir nécessaire pour arriver à ses fins. Enfin, cela débouche sur le passage à l’action : la communauté se mobilise et déploie ses ressources pour le compte de ses propres intérêts (comme des collaborations, des revendications, ou les deux).

 [Notes de cours sur le community organizing – Harvard Kennedy School – 2002]

Les organisateur·rice·s développent de nouveaux liens de solidarité à partir d’anciens, en mettant en relation des personnes ou encore en mettant en relation des réseaux entiers de personnes.

Les organisateur·rice·s engagent les gens dans l’interprétation des raisons pour lesquelles ils/elles devraient agir pour changer les choses (c’est à dire leurs motivations) ainsi que des manières dont ils/elless pourraient les changer (c’est à dire leurs stratégies).

Les organisateur·rice·s encouragent le passage à l’action en éclairant les gens dans leur compréhension de leurs identités, de leurs intérêts propres et de leurs motivations. En mobilisant des sentiments d’espoir, de colère, d’estime de soi, de solidarité et d’urgence, ils/elless remettent en question les sentiments qui inhibent l’action comme la peur, l’apathie, le doute, l’isolement et l’inertie.

Les organisateur·rice·s encouragent les gens à formuler leurs raisons d’agir sous un récit commun relatant les défis qu’ils/elles rencontrent, des raisons pour lesquels ils/elles (et d’autres personnes concernées) doivent y faire face, ainsi que des raisons pour lesquelles ils/elles peuvent avoir de l’espoir. Ces raisons sont ancrées dans la compréhension de leurs identités, de leurs intérêts et de leurs motivations.

Les organisateur·rice·s encouragent les gens à prendre conscience des manières par lesquelles ils/elles peuvent agir en réfléchissant à leur situation, en la réinterprétant pour identifier de nouvelles opportunités et en construisant des stratégies pour faire un usage créatif de leurs ressources.

 [Marshall Ganz (à droite) et Cesar Chavez (à gauche) pendant la grève des travailleurs agricoles de Californie]

Les organisateur·rice·s poussent les gens à prendre leurs responsabilités en passant à l’action. La montée en puissance [4] d’une personne commence par la prise de responsabilités. Et la montée en puissance d’une organisation commence par l’engagement, c’est à dire la capacité de ses membres à prendre des responsabilités.

Enfin, ces responsabilités commencent par la décision d’agir. Les organisateur·rice·s mettent les gens au défi d’avoir une nouvelle compréhension du monde, mais également de s’engager, d’agir et d’apprendre à agir efficacement.

Les organisateur·rice·s travaillent par l’intermédiaire de campagnes. Les campagnes sont de denses flux d’activités extrêmement dynamisés, intensément focalisés avec des objectifs spécifiques et des échéances. Grâce aux campagnes on recrute des gens, on lance des programmes, on mène des batailles et on construit des organisations.

Les campagnes polarisent car elles révèlent des conflits habituellement enfouis, allant à l’encontre des intérêts des structures sociales. Un dilemme qui en résulte est de parvenir à une dépolarisation, afin de négocier la résolution de ces conflits. Un autre dilemme est de trouver un équilibre entre les campagnes menées et le travail d’organisation et de développement déjà en cours. 

 [Notes de cours sur le community organizing – Harvard Kennedy School – 2002]

Les organisateur·rice·s construisent des communautés en développant le leadership. Ils/elles  forment des leaders en renforçant leurs compétences, leurs valeurs et leurs engagements. Ils/elles construisent de solides communautés, par l’intermédiaire des gens qui acquièrent de nouvelles compréhensions de leurs intérêts, ainsi que le pouvoir d’agir sur ces derniers.

Ces communautés sont délimitées et pourtant inclusives, sont collectives et pourtant diversifiées, solidaires et pourtant tolérantes. Ils/elles travaillent à développer entre une structure sociale et ses leaders des relations reposant sur une mutuelle responsabilité.

[1] Marshall Ganz emploi ici le terme « communauté » dans un sens très large, pour parler d’un groupe de personnes partageant des valeurs et des intérêts communs.

[2] Traduction de ‘understanding’ : renvoie à un processus de découverte, une nouvelle manière de comprendre le monde.

[3] Ici Marshall Ganz fait référence aux conversations intentionnelles, outil d’organisation utilisé par les organisateur·rice·s.

[4] Traduction de ‘empowerment’.

Camille Marronier


Chamboulée dans sa vision du monde associatif par son passage chez SINGA, Camille s’efforce de participer au changement de regard sur les migrations.  Passionnée par la facilitation et la mise en relation, elle accompagne des projets à voir le jour. Elle a soutenu la création de diverses associations créées par des personnes exilées pour les personnes exilées, notamment Guiti News, l’Observatoire des camps de réfugiés ou encore Farda. Elle découvre avec Organisez-vous les méthodes du community organizing, notamment en soutenant l’association sur la traduction de textes.

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