Depuis le 20 Février 2020, une petite révolution est à l’œuvre dans la CGT des Hauts-de-Seine, où la militante Nawel Benchlikha a contribué à la création d’un syndicat pas comme les autres : le SIEMMVE (syndicat inter-entreprises pour Malakoff, Montrouge, Vanves et environs). En effet, derrière ce sigle se trouve la concrétisation d’un changement stratégique majeur : un syndicat dont l’ancrage n’est pas le métier (ouvrier, agent d’entretien, agent d’accueil…) ou l’entreprise, mais le territoire. Au cœur de ce changement, une maxime que Nawel emprunte aux derniers congrès confédéraux de la CGT : « Pas de syndiqué.es sans syndicat ! ». Cela signifie que, sur un territoire donné, toute personne syndiquée doit pouvoir être accueillie par un syndicat (à l’ancrage territorial en ce qui concerne le SIEMMVE), même si elle ne dispose pas d’un syndicat d’entreprise. La personne pourra y découvrir la vie syndicale, construire des relations de solidarité avec d’autres syndiqué.es, se former et mener des actions collectives. Pour prendre la mesure de cette profonde transformation, qui peut rebattre les cartes du syndicalisme dans le contexte économique actuel, nous avons proposé à Nawel de nous raconter son parcours, et de partager la genèse du SIEMMVE. En acceptant, elle nous a alors permis de mieux comprendre la structuration du syndicalisme en France, les enjeux de l’adaptation des syndicats aux nouvelles formes du travail, les obstacles concrets à cette adaptation, et surtout les victoires récentes dont il faut se réjouir.

Depuis le 20 Février 2020, une petite révolution est à l’œuvre dans la CGT des Hauts-de-Seine, où la militante Nawel Benchlikha a contribué à la création d’un syndicat pas comme les autres : le SIEMMVE (syndicat inter-entreprises pour Malakoff, Montrouge, Vanves et environs). En effet, derrière ce sigle se trouve la concrétisation d’un changement stratégique majeur : un syndicat dont l’ancrage n’est pas le métier (ouvrier, agent d’entretien, agent d’accueil…) ou l’entreprise, mais le territoire. Au cœur de ce changement, une maxime que Nawel emprunte aux derniers congrès confédéraux de la CGT : « Pas de syndiqué.es sans syndicat ! ». Cela signifie que, sur un territoire donné, toute personne syndiquée doit pouvoir être accueillie par un syndicat (à l’ancrage territorial en ce qui concerne le SIEMMVE), même si elle ne dispose pas d’un syndicat d’entreprise. La personne pourra y découvrir la vie syndicale, construire des relations de solidarité avec d’autres syndiqué.es, se former et mener des actions collectives.

Pour prendre la mesure de cette profonde transformation, qui peut rebattre les cartes du syndicalisme dans le contexte économique actuel, nous avons proposé à Nawel de nous raconter son parcours, et de partager la genèse du SIEMMVE. En acceptant, elle nous a alors permis de mieux comprendre la structuration du syndicalisme en France, les enjeux de l’adaptation des syndicats aux nouvelles formes du travail, les obstacles concrets à cette adaptation, et surtout les victoires récentes dont il faut se réjouir.

Bonjour Nawel ! Pour commencer, est-ce que tu pourrais nous raconter comment tu es devenue militante syndicale ?
Bonjour ! Alors la première chose qui me vient à l’esprit, c’est le fait que j’ai découvert le syndicalisme grâce à mon père, qui était lui-même syndiqué à la CGT. C’est grâce à lui que j’ai découvert ce monde-là. Après avoir vécu toute mon enfance en Normandie, je suis venue en Ile-de-France au début des années 2000 pour trouver du travail. J’ai alors été recrutée dans un institut de sondages et d’audits. J’ai commencé tout en bas de l’échelle et puis, petit à petit, j’ai gravi les échelons pour devenir manageuse. A l’époque, j’avais toujours à cœur de défendre mes collègues, et en particulier les vacataires, qui étaient les plus précaires. Mais je n’étais pas encore syndiquée. Ce qui a tout changé pour moi, c’est qu’en 2012 des choses étranges ont commencé à se produire dans l’entreprise. Certain·es vacataires ont commencé à dire que leur chèque de salaire du mois avait été refusé à la banque. Alors nous sommes allé·es voir la direction, qui nous a répondu : « Non, non, ce n’est rien ! Juste un souci de changement de banque ! ». Mais on s’est rapidement aperçus que c’était un mensonge, et que les personnes en CDI n’avaient pas non plus reçu leur salaire. Alors nous sommes retourné·es voir la direction, qui nous a finalement donné des chèques signés par l’AGS.
L’AGS ?
C’est l’association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés. En gros c’est un fonds de solidarité alimenté par les cotisations patronales, qui avance le paiement des salaires pour les entreprises en difficulté.
Cela voulait dire que votre entreprise allait mettre la clé sous la porte ?
C’est ce qu’on pensait. Mais la direction nous a dit : « Ce n’est rien ! C’est juste une magouille. On est en liquidation judiciaire mais vos emplois sont en sécurité. » Cela nous semblait effarant, mais des ancien·nes salarié·es nous ont raconté qu’un tel montage financier avait déjà eu lieu par le passé. Pour éviter de devoir payer certaines dettes, la direction avait mis l’entreprise en liquidation, pour ensuite créer une nouvelle structure, réemployer tou·tes ses ancien·nes salarié·es, et continuer son activité comme si de rien n’était.
Comment avez-vous réagi en découvrant la situation ?
On a rapidement compris qu’il fallait se mobiliser, parce que malgré les promesses de la direction, cela nous semblait de plus en plus évident que l’entreprise allait devoir fermer définitivement. On a alors organisé une première Assemblée Générale des salarié·es pour libérer la parole et monter au créneau. Ce jour-là, tout le monde s’est tourné vers moi et m’a dit : « Nawel, c’est toi qui nous représente ». J’ai alors pris un peu de temps pour réfléchir et j’ai répondu : « Ok, mais on n’y va pas seul·es, on s’adresse à un syndicat. » C’est à ce moment-là que j’ai pris contact pour la première fois avec la CGT. Je me suis tournée vers l’Union locale (UL) de Malakoff-Montrouge et Vanves, et j’y ai été très bien accueillie. C’est d’ailleurs grâce à l’expérience des militant·es de la CGT que nous avons pu être accompagné·es dans la création d’une section syndicale et dans la mise en place d’instances représentatives du personnel dans notre entreprise en à peine 6 mois.
Alors ici il faut m’excuser pour mon ignorance en matière syndicale, mais c’est important que je te demande : qu’est-ce que c’est une Union locale ?
Une Union locale CGT est constituée par les syndicats et sections syndicales du territoire qu’elle couvre. C’est l’endroit où se construisent les solidarités. C’est un endroit privilégié du fait de sa proximité avec les salarié·es. On leur apporte une aide pratique à plusieurs niveaux : constitution d’un syndicat, mise en place d’élections professionnelles dans les entreprises, aide concrète aux élu·es au Comité Social et Economique (CSE) et aux mandaté·es CGT, formation syndicale, aide juridique, information…
D’après ce que tu dis, la CGT n’est donc pas techniquement un syndicat ?
Non, la CGT c’est la Confédération Générale du Travail. C’est donc une confédération de syndicats. Pour te donner un ordre de grandeur, cette confédération rassemble plus 620 000 syndiqué·es réparti·es dans plus de 20 000 syndicats, qui sont eux-mêmes regroupés par secteur d’activité au sein de 33 fédérations professionnelles (comme la métallurgie, la santé ou les télécoms). La CGT c’est aussi une confédération syndicale organisée en territoire avec des unions départementales, des unions locales, des comités régionaux, et par spécificité : l’UGICT (pour les ingénieurs, cadres, agents de maîtrises et techniciens), l’UCR (pour les retraités), les comités de travailleurs privés d’emplois et précaires.
Donc aujourd’hui la CGT est avant tout structurée autour des corps de métier ?
Historiquement la CGT est structurée en syndicats d’entreprises et par corps de métier. Mais c’est là justement qu’il ne faut pas oublier la spécificité et l’utilité des Unions locales, qui sont des regroupements de syndicats à l’échelle d’une ou plusieurs villes, c’est ce que l’on appelle l’activité interprofessionnelle. A la CGT, l’idée des UL est d’animer une activité syndicale sur un territoire, en s’appuyant sur les syndicats et les professions.

Les structures de la CGT, toute une histoire…

Pour revenir à ton expérience personnelle, c’est donc avec l’UL de Malakoff que tu as découvert le militantisme syndical ?
C’est ça. Grâce au soutien de l’UL nous avons pu créer une base syndicale CGT dans notre entreprise en cours de liquidation, et ainsi faire valoir nos droits. Tout d’abord en prouvant que le montage financier de la direction était sans fondement économique, et ensuite en repoussant d’un an la liquidation. Cela nous a aussi permis de négocier nos licenciements, avec des indemnités et des requalifications de contrats précaires en CDI.
Belles victoires ! Mais l’entreprise a-t-elle finalement été liquidée ?
Oui, malheureusement. J’ai moi-même été licenciée économique. Mais comme j’avais gardé un lien avec l’UL qui nous avait accompagné, j’ai continué à y militer tout en cherchant un nouveau travail à Pôle Emploi. C’était difficile parce que j’étais ressortie épuisée de cette première expérience militante. Et je ne voulais plus retourner sur des postes de management, parce que je m’y sentais constamment tiraillée entre les injonctions de la direction et ma propre empathie envers mes collègues. A la fin de ma période de chômage, je m’apprêtais à quitter l’UL (où, de fil en aiguille, j’étais devenue membre de la commission exécutive), mais le président de la Bourse du Travail de Malakoff m’a alors proposé de travailler avec lui à la Bourse prendre en charge une nouvelle mission : aider à renforcer les UL du sud des Hauts-de-Seine. Il y avait notamment un vrai enjeu à l’UL de Bagneux, qui était animée par une personne syndiquée de 87 ans.
Gérard Billon, Président de la Bourse du Travail de Malakoff, et Nawel Benchlikha, Secrétaire générale de l’union locale CGT de Malakoff
Comment ça s’est passé concrètement, ce travail de renforcement syndical ?
Il a fallu réunir à plusieurs reprises les responsables des ULs, pour déterminer plusieurs choses. Tout d’abord, la situation de leur UL : nombre de personnes syndiquées, la nature de leur activité syndicale sur le territoire, les syndicats sur lesquels les ULs s’appuient… Ensuite, il fallait déterminer leurs attentes vis-à-vis de ce nouveau collectif qui se met en place. Enfin, il fallait voir les moyens humains nécessaires pour mettre en œuvre nos plans de travail. Nous avons travaillé à partir de nos états d’organisation pour reprendre contact avec les syndicats, notamment les plus importants pour venir renforcer les ULs. Dans les ULs où il n’y avait plus de collectif de direction, nous avons travaillé à en créer un nouveau. Nous avons travaillé ensemble à mettre en place des congrès là où c’était nécessaire. Nous avons mutualisé les moyens des ULs en termes d’action, de formation, de logistique… Un vrai collectif de travail s’est créé. Avec minimum une réunion des responsables des ULs par mois. Au bout d’un certain temps, nous avons commencé à réfléchir sur la cohérence des territoires couverts par nos ULs. Et nous avons proposé au comité général de l’Union Départementale 92 en mai 2019 un nouveau redécoupage qui tienne compte de la réalité du syndicalisme, du salariat et de nos forces organisées. Ce projet a été adopté à l’unanimité.
Quelles méthodes as-tu utilisées ?
Nous avons fait ça en organisant des réunions mensuelles, en mutualisant nos forces et moyens et en faisant des « états d’organisation », c’est-à-dire des bilans mensuels des forces organisées en territoire. Ce document était ensuite envoyé au pôle « ressources et données » de l’organisation confédérale.
Suite au travail que tu as mené, combien y-a-t-il aujourd’hui d’Union locales actives dans le sud des Hauts-de-Seine ? Et quelles sont leurs activités principales ?
Suite au travail mené par ce collectif, on peut affirmer que toutes les ULs dans le sud des Hauts-de-Seine fonctionnent. Évidemment pas toutes de la même façon. Le collectif continue à travailler ensemble et à entretenir d’excellentes relations. La seule chose qui n’est pas aboutie est le redécoupage du territoire qui a souffert de la situation politique de l’Union départementale des Hauts-de-Seine (UD92), mais c’est une autre histoire ! En termes d’activités principales, c’est dur à dire, car il y a des projets communs mais ensuite, chaque UL a son activité propre.
Dans une société où le travail est de plus en plus fragmenté, ubérisé ou sous-traité, est-ce que les Unions Locales peuvent être une piste pour penser de nouvelles évolutions syndicales ?
Les Union locales ont clairement un rôle à jouer car leur principal atout est la proximité. Ce qui limite leurs actions, ce sont les moyens. En effet, elles dépendent des moyens (humains et temps syndical) que veulent bien leur mettre à disposition les syndicats, mais aussi de l’implication de ceux-ci. Et comme nous traversons une période dans laquelle les syndicats vivent un vrai repli sur eux-mêmes, pour diverses raisons, cela représente un premier frein à l’essor des ULs. L’un des autres freins, c’est   la situation des personnes syndiquées isolées,e pas bien prise en compte par l’ensemble des organisations de la CGT. En effet, il y aujourd’hui beaucoup de personnes syndiquées qui sont adhérentes à la CGT mais qui, pour des raisons diverses (leur isolement, la petite taille de leur entreprise, leur statut précaire…), ne sont pas rattachées à un syndicat. Elles ne peuvent donc pas participer légitimement aux moments démocratiques à la CGT, comme par exemple prendre part aux congrès, aux votes, etc. Par ailleurs, à la CGT, la vie syndicale s’organise d’avantage au niveau des syndicats que des Unions locales. Ce qui veut dire que, dans les statuts, il n’existe pas vraiment d’espace où des syndiqué·es isolé·es puissent se retrouver au sein d’une Union locale.
C’est comme s’il manquait un échelon dans la structure syndicale pour que les travailleur·ses précaires et isolé·es puissent être pleinement accueilli·es et représenté·es.
Exactement. C’est d’ailleurs pour cette raison que depuis des années l’Union locale de Malakoff est en réflexion sur ces enjeux. Ce qui faisait d’ailleurs écho aux récents congrès de la confédération qui allaient tous dans ce sens. Par exemple, au 51ème congrès de la confédération (qui a eu lieu à Marseille en 2016), le document d’orientation mentionnait la résolution suivante : « Pour un syndicalisme en phase avec l’évolution de la communauté de travail et sa structuration, la CGT et ses syndicats s’engagent à ce qu’il n’y ait pas de syndiqués sans syndicats, et pas de syndicat sans vie syndicale » C’était un véritable encouragement à développer de nouvelles formes de syndicalisme, pour s’adapter aux évolutions de l’économie et aux nouveaux statuts des travailleur·ses. D’ailleurs, c’était déjà un enjeu qui avait été posé sur la table lors du 47ème congrès confédéral. C’est d’ailleurs de là que vient le slogan « pas de syndiqué·e sans syndicat ».
Comment est-ce que ces réflexions se sont concrétisées pour vous ?
Depuis 2012, l’Union locale de Malakoff avait en tête l’idée de trouver une vraie structure pour rassembler les personnes syndiquées isolées qui sont de plus en plus nombreuses localement : elles représentaient alors 20% des syndiqué·es au total sur le territoire de l’UL. Mais il nous manquait à la fois une équipe pour lancer le projet et un statut particulier pour créer ce nouveau syndicat. Les choses se sont finalement accélérées avec l’arrivée de Moïse, un syndiqué que j’ai rencontré lors de mon travail de renforcement auprès de l’Union locale de Bagneux. En 2018, nous avons commencé à travailler sur les complexités administratives du projet, tout en accueillant petit à petit d’autres syndiqué·es qui voulaient nous rejoindre dans l’aventure.
Quel statut avez-vous finalement choisi ?
Dans les documents d’orientation de la CGT, Moïse et moi avons découvert l’existence d’une structure méconnue : le syndicat interentreprise. C’est un syndicat avec un ancrage local qui peut regrouper des travailleur·ses de professions et d’entreprises différentes, ainsi que des retraité·es ou des personnes privées d’emploi. Ce statut nous a semblé parfait pour développer une vie syndicale auprès des syndiqué·es isolé·es : renseigner les travailleur·ses sur leurs droits, exposer les problèmes rencontrés au travail, construire des liens de solidarité, mener des combats…
Quels étaient les principaux obstacles à la création d’un tel syndicat ?
La CGT est encore largement structurée autour de syndicats d’entreprises et de ses fédérations professionnelles, et l’idée de créer des structures interentreprises n’est pas toujours reconnue ou acceptée. Par ailleurs, après avoir échangé avec des camarades des Unions locales et des Unions départementales, Moïse et moi avons rapidement compris qu’il y aurait un gros travail d’organisation à accomplir pour identifier les syndiqué·es isolé·es et ensuite les convaincre de se rattacher à un syndicat interentreprises plutôt qu’à leur Union locale. Ensuite il fallait créer les conditions pour développer un sentiment d’appartenance collective pour des travailleur·ses avec des statuts très différents et des cœurs de métier très variés. Et une fois cet esprit collectif développé, il fallait encore encourager les nouveaux syndiqué·es à prendre en main leur syndicat et à devenir acteur·ices de leur vie syndicale.
Est-ce que d’autres expériences similaires existaient déjà en France avant la vôtre ?
Oui, notamment en Ille-et-Vilaine. Nous avions d’ailleurs accès à des notes de travail qui s’appuyaient sur ces expérimentations et tentaient de résumer les grandes étapes de la création d’un syndicat interentreprises.

« Partir d’un état des lieux par département…

La première chose à faire est de répertorier à partir de l’état de règlement Cogetise, par fédération et par Union Locale, tout ce qui est « syndiqués individuels », « isolés », et petites bases, disons de moins de 10 syndiqués.

A ce stade, il convient d’être tout à fait clair sur 2 choses qui peuvent provoquer des blocages si on ne les traite pas dès le début :

  • Les syndicats qui, même s’ils ont une activité et des effectifs plus que réduits, souhaitent rester avec leur forme d’organisation actuelle, pourront le faire sans problème. Il ne doit y avoir aucun caractère obligatoire à un regroupement de syndicats.
  • Beaucoup d’UL ne sont pas pour le moins favorables à la mise en place de syndicats inter-entreprises pour une raison tout à fait compréhensible : cela les prive de moyens puisqu’elles ne toucheront plus les 33 % qu’elles encaissent en faisant office de syndicat auprès des isolés et même de certaines des petites bases. Si l’on veut avancer, il faut absolument traiter cette question en amont, regarder concrètement dans chaque cas les conséquences financières que cela va avoir pour l’UL, regarder comment on peut y faire face et bien sûr associer les UL à la construction des syndicats multi-entreprises. »

Note de travail, « Pas de syndiqués sans syndicat : du slogan à la concrétisation »

Quand ce syndicat a-t-il vu le jour ?
Le 20 Février 2020 nous avons officiellement créé le SIEMMVE-CGT (syndicat interentreprises pour Malakoff, Montrouge, Vanves et environs). Moïse a été élu secrétaire général et notre premier congrès a eu beaucoup de succès ! A ce moment-là nous avions déjà plus de 200 membres.
Avez-vous bénéficié du soutien de la confédération ?
Oui ! D’ailleurs nous avons même eu la chance d’avoir le soutien de Philippe Martinez lui-même, qui était présent pour notre premier congrès.

Impressionnant ! Et ça illustre ce que tu disais tout à l’heure sur les orientations confédérales de la CGT qui essayent d’aller vers ce genre d’expérimentations depuis longtemps.

En fait on peut retrouver ce désir d’innovation dès le début des années 2000. Par exemple, si on relit le discours de Bernard Thibault au congrès fédéral de Montpellier, on voit qu’il disait :

« Le cap du million de syndiqués à la CGT n’est pas inaccessible ! Mais, pour cela, il faut s’y mettre vraiment et il faut s’y mettre partout et avec persévérance. Il faut se convaincre que, pour tous, c’est un objectif essentiel et que chaque syndicat, dans son propre environnement, a du terrain à couvrir. Quand cela s’avère nécessaire, il ne faut pas hésiter à modifier certaines de nos structures pour une meilleure couverture du salariat. »

Déjà à l’époque il y avait l’idée que les restructurations d’entreprise, la sous-traitance, la précarisation du travail et le chômage de masse ont un impact majeur sur les stratégies de syndicalisation. Et que, si l’on veut retrouver un syndicalisme de conquête, il faut trouver de nouvelles formes de structuration qui soient adaptées au quotidien des travailleur·ses.

Création du syndicat CGT Inter-entreprises de Malakoff, Montrouge, Vanves et Environs (SIEMMVE). À Malakoff, le 20 février 2019. Crédit : CGT
Comme tu l’as expliqué, si ces innovations syndicales prennent du temps, c’est aussi parce que la CGT reste en grande partie structurée par fédérations professionnelles et syndicats d’entreprises. Est-ce que le SIEMMVE a prévu une façon d’articuler son travail avec celui des syndicats d’entreprise plus classiques ?
L’idée, avec le syndicat interentreprises, c’est d’abord de créer des ponts entre les syndiqué·es isolé·es, quel que soit leur lieu d’activité ou leur statut (vacataires, CDD, CDI, autoentrepreneur·ses, intérimaires, migrant·es, sans-papiers, ubérisé·es…). En se rassemblant, elles et ils se donnent de la force, prennent le temps d’échanger, de se former et de gagner de l’expérience dans le combat syndical. Et on peut imaginer qu’à terme, certain·es mènent un effort de syndicalisation autour de leur entreprise, et soient alors en mesure de créer, quand c’est possible, leur propre syndicat.
Extrait d’un tract du SIEMMVE

Donc le syndicat interentreprise serait une sorte d’« incubateur » de syndicats d’entreprise ?

Pas seulement. Un syndicat interentreprises, c’est avant tout un syndicat à part entière, avec sa propre vie syndicale :

  • Elaborer les revendications avec les salarié·es du secteur
  • Travailler à l’élévation du rapport de forces
  • Animer les négociations
    Mettre en œuvre la démocratie syndicale et la vie syndicale
  • Mener une politique de syndicalisation
  • Construire et faire vivre les orientations politiques de la confédération

Notre ambition première en créant le SIEMMVE c’était vraiment de sortir les personnes syndiquées de leur isolement, dans un contexte de reculs des droits, pour qu’elles puissent se mobiliser et lutter ensemble.

En parlant de lutte, le SIEMMVE a-t-il déjà accompagné actions collectives depuis sa création ?
Oui, plusieurs ! Et la plus médiatique a sûrement été la mobilisation interprofessionnelle pour soutenir Bougary, un travailleur sans-papier qui était employé chez Monoprix. Cette action a commencé en 2018, lorsqu’une association d’aide aux exilé·es nous a contacté pour parler de Bougary. Originaire du Mali, il travaillait à Monoprix depuis 6 ans en utilisant les papiers de quelqu’un d’autre qui les lui « louait ». Ne supportant plus cette forme d’extorsion, Bougary s’est alors tourné vers son employeur, qui lui a dit : « Démissionne et on te refait un statut. » Sauf que l’employeur n’a pas tenu sa promesse. Et qu’après avoir démissionné, Bougary s’est retrouvé à la porte. Avec les camarades qui commençaient à construire le SIEMMVE, nous avons alors rencontré Bougary et nous avons organisé deux grandes mobilisations devant le Monoprix, ainsi qu’un envoi massif de courriers (notamment auprès de la maire, qui nous soutenait). La député LREM a alors entendu parler de l’affaire, a soutenu publiquement Bougary, et a contacté la préfecture pour arranger les choses. Au final Monoprix a cédé (à condition que Bougary soit transféré au magasin de Denfert-Rochereau) et la préfecture lui a accordé un titre de séjour !
Qu’est-ce que tu retiens de ce début d’expérience ?
La formation est la clé. Surtout la formation à l’organisation ! Développer une vraie vie syndicale, être en capacité de créer du lien et de rassembler, ça s’apprend. J’ai notamment beaucoup appris grâce aux formations de l’Institut syndical européen, qui sont de grande qualité. Et puis on apprend beaucoup sur le terrain. Car, même si le chemin est semé d’embûches, ce sont les obstacles qui nous font grandir. Il ne faut donc jamais baisser les bras !

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On a bien réfléchi et on vous propose de lire celui-ci, qui est très complémentaire.

FERNAND PELLOUTIER ET LES ORIGINES DU SYNDICALISME D’ACTION DIRECTE

Fiche de lecture de l’ouvrage de Jacques Julliard

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