Les Mouvements Sociaux en Afrique de l’Ouest

Entre les ravages du libéralisme économique et la promesse du libéralisme politique

Sous la direction de Ndongo Samba Sylla

FICHE DE LECTURE

Par Jean-Michel Knutsen | Avril 2021

Contexte

Depuis les années 1990, la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest ont adopté ou perfectionné des régimes démocratiques reposant sur le modèle libéral de l’élection et de la compétition entre partis politiques. Ce changement de fond a alors conduit la plupart des analystes politiques à parler d’une « transition démocratique » en Afrique. Plusieurs études portant sur les mouvements sociaux dans cette région du monde (comme l’ouvrage collectif African Studies in Social Movements and Democracy) ont adopté cette grille de lecture, articulant mouvements sociaux et progrès de la démocratie. C’est pour nuancer cette approche que Ndongo Samba Sylla (économiste et chargé de programmes et de recherche au bureau Afrique de l’Ouest de la Fondation Rosa Luxemburg) a initié puis dirigé la constitution d’un ouvrage collectif portant sur la diversité des mouvements sociaux en Afrique de l’Ouest, publié en 2014. Son point de départ est que la lecture actuelle des progrès démocratiques dans cette région du monde est à la fois occidentale, bourgeoise et unifiante : les analystes politiques de l’Afrique réduisent trop souvent leurs études aux aspects purement institutionnels de la démocratie, minimisant, voire même niant l’importance des mouvements sociaux. Cet ouvrage veut proposer d’autres pistes de lecture (comme la réaction des peuples aux désordres du libéralisme économique) pour remettre en cause les interprétations parfois caricaturales des mouvements de révolte et de protestation en Afrique. Du point de vue des organisateurs·trices européen·ne·s, ce travail de recherche est à la fois une source d’inspiration et un miroir dans lequel on peut parfois se retrouver. D’une part, les multiples récits de luttes présentés dans cet ouvrage sont des études de cas dont on peut tirer de multiples enseignements très concrets. Et d’autre part, on constate que les défis auxquels font face les mouvements sociaux en Afrique de l’Ouest ressemblent dans bien des cas fortement à ceux  que peuvent rencontrer les militant·e·s européen·ne·s.  

Synthèse

Cet ouvrage collectif rassemble 13 articles portant sur les mouvements sociaux de 12 pays d’Afrique de l’Ouest, avec une attention particulière portée à la période de 2010-2013. La principale thèse défendue par le directeur de cet ouvrage est que, contrairement aux idées reçues des Occidentaux, le vrai enjeu des mouvements sociaux en Afrique de l’Ouest n’est pas d’« importer » la démocratie, mais plutôt de la réinventer, notamment pour faire obstacle au libéralisme.1 Car, loin d’être un horizon politique rêvé, la démocratie représentative multipartite est un obstacle à l’expression authentique de la souveraineté populaire. C’est pourquoi, au-delà d’un simple effort de cartographie, cet ouvrage est aussi porté par un engagement politique et un désir d’étudier les mouvements sociaux d’aujourd’hui pour mieux imaginer les « brèches » et les modèles alternatifs qui pourront demain résister à l’ordre capitaliste.

Les idées à retenir

Contrairement aux discours politiques néocoloniaux (comme celui de François Mitterrand à La Baule en 1990 ou de Nicolas Sarkozy à Dakar en 2007), l’Afrique de l’Ouest a une histoire politique et populaire très riche, et ses peuples n’ont pas attendu les injonctions des puissances européennes pour mener des luttes sociales et démocratiques.
Depuis les années 1990, on assiste à une montée en puissance des mouvements sociaux et des révoltes populaires en Afrique de l’Ouest. Mais cet essor est ancré dans une culture de la lutte, qui remonte loin dans le XXème siècle, notamment dans les mouvements sociaux des années 60 et la résistance aux puissances coloniales ainsi qu’aux régimes despotiques que celles-ci ont installés.
Malgré les grandes disparités de situations politiques ou socio-économiques entre les pays d’Afrique et les pays d’Europe, on retrouve beaucoup de similarités dans la genèse des mouvements sociaux sur ces deux continents (crises économiques, dérégulation néolibérale, corruption, absence de réelle alternance politique, crise des États Nations…).
Étudiés pays par pays, les mouvements sociaux d’Afrique de l’Ouest sont une mosaïque diverse et fragmentée, qui s’articule difficilement avec les jeux de la politique institutionnelle classique (par exemple les enjeux électoraux).
Cette fragmentation des mouvements sociaux s’explique en partie par la rupture et les difficiles convergences entre la société civile bourgeoise (lettrée, associative, et soutenue par des puissances étrangères), et le peuple lui-même.
Pour de nombreux·ses militant·e·s d’Afrique de l’Ouest, il ne s’agit pas de lutter pour un enjeu abstrait (« la démocratie »), mais plutôt de porter des revendications concrètes et précises qui ne sont pas entendues par les élites oligarchiques.

Pour approfondir

Il est important de préciser qu’en décrivant des mouvements sociaux ayant eu lieu dans 12 pays différents, cet ouvrage dépeint des réalités de terrain très différentes. Or, l’exercice de résumé auquel on se prête ici ne peut malheureusement pas entrer dans le détail de chaque spécificité nationale. C’est pourquoi nous essayons plutôt ici de proposer des points de réflexion transversaux (en nous appuyant particulièrement sur les pistes d’analyse proposées par Ndongo Samba Sylla).

Lacunes de la recherche sur les mouvements sociaux en Afrique

Dès son introduction, cet ouvrage est présenté comme une piste de travail, venant indiquer la marche à suivre pour combler un manque en termes de recherches. En effet, Ndongo Samba Sylla remarque qu’aujourd’hui le terme de « mouvement social » n’est que rarement utilisé comme prisme de recherche en Afrique de l’Ouest. On lui préfère souvent une grille de lecture plus institutionnelle, qui vient étudier « l’état de la démocratie en Afrique » ou « les partis politiques en Afrique », au lieu de se placer là où ont lieu les mobilisations. De plus, cette approche institutionnelle qui, dès les années 1990, aimait à parler de « transition démocratique » en Afrique, est en réalité profondément libérale : elle prend comme cadre d’analyse la « démocratie bourgeoise », oligarchique,2 pour laquelle libéralisme politique et libéralisme économique sont les deux faces d’une même pièce. Il est alors nécessaire de prendre du recul face à cette conception colonialiste de la démocratie, « importée » en Afrique par les puissances capitalistes occidentales, sans pourtant être accompagnée d’une réelle remise en cause des inégalités Nord/Sud. Ainsi, si l’on fait ce pas de côté, on s’aperçoit que les mouvements sociaux d’Afrique de l’Ouest ne rentrent pas dans le cadre de cette « transition démocratique » fantasmée, car ils sont eux-mêmes critiques vis-à-vis de la démocratie libérale et de ses élites. Il est donc nécessaire que l’étude des mouvements sociaux en Afrique de l’Ouest devienne un champ de recherche à part entière, décorrélé des questions démocratiques institutionnelles, et ouvert à de nouveaux enjeux.

Domestication du suffrage universel et dénis de souveraineté

La « transition démocratique » des régimes politiques d’Afrique de l’Ouest dans les années 1990 a eu un résultat paradoxal : elle a permis de renforcer une culture de la protestation publique, tout en maintenant un espace public relativement fermé. En effet, en choisissant d’imiter des régimes de démocratie représentative, les États ont également fini par adopter des logiques partisanes et électoralistes qui rendent difficile la participation populaire aux questions politiques. Certes, le suffrage universel existe en théorie, mais en pratique il a été limité à l’aide de « dispositifs de verrouillage » des élections : exclusion d’électeurs potentiels, homogénéité des grands partis, clientélisme… De même, les instruments constitutifs de la souveraineté des États (telles que la politique budgétaire et monétaire) sont aujourd’hui dans les mains des grandes organisations financières internationales (comme le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale), qui prônent la dérégulation économique et les privatisations. Kojo Aidoo raconte par exemple comment un simple coup de fil du FMI a pu faire reculer le parlement du Ghana sur une loi qui visait à protéger l’agriculture locale face à la concurrence étrangère. Les mouvements sociaux naissent ainsi d’un rejet de la « politique politicienne » et de la violence du néolibéralisme, tout comme en Europe. Face à un espace public rétréci (« choiceless democracies », « démocraties de basse intensité », « monopartisme pluriel ») et une aggravation des inégalités sociales, le peuple cherche de nouvelles façons de s’imposer dans la vie politique.

Société civile « officielle » et société civile « prolétarienne »

Dans le champ de la recherche sur l’Afrique, l’étude des mouvements sociaux utilise souvent le concept de « société civile » pour désigner l’ensemble des acteur·trice·s du monde associatif, syndical, cultuel ou éducatif qui se positionnent face à l’Etat et à l’espace privé (comme la famille). Cette société civile est alors souvent représentée ou pensée comme un espace uni et politisé, faisant front face aux désordres d’un État oppressif et corrompu. Mais en réalité, cette idée d’unité est un leurre, car le concept de « société civile » rassemble un grand nombre d’acteurs et d’actrices disparates, aux intérêts divergents et aux relations parfois troubles avec l’Etat. Les analystes et les institutions internationales ont parfois tendance à effacer cette complexité, renvoyant ainsi l’image d’une société civile « officielle » (médiatique, éduquée, parfois cooptée) accompagnant la marche des pays africains « vers la démocratie », oubliant la société civile populaire ou « prolétarienne ». C’est là tout un enjeu des mouvements sociaux en Afrique de l’Ouest : créer un espace public authentiquement prolétarien, qui soit davantage le reflet des préoccupations populaires que des agendas politiques.

Sectorisation et fragmentation des luttes

Les auteurs de l’ouvrage donnent à voir un paysage des luttes très divers, où se côtoient sans toujours se mélanger des mouvements sociaux orientés vers des revendications précises. Ainsi, pour la période 2010-2013, on dénombre peu de grands mouvements nationaux visant à transformer le système politique et économique, tandis que l’on observe une multiplication de luttes sectorisées : mouvement des enseignant·e·s au Niger et au Libéria, mouvement Occupy au Nigeria, mouvements LGBTQI+ en Sierra Leone, lutte contre la torture en Guinée… Pour les révoltes spontanées, les auteur·trice·s notent que la plupart du temps celles-ci partent également de revendications concrètes, et qu’une fois celles-ci satisfaites, il arrive rarement que le mouvement perdure. C’est qu’en réalité, chaque mouvement social a ses propres thèmes, ses propres intérêts, mais aussi ses propres façons d’approcher les enjeux : ce que Ndongo Samba Sylla appelle les différentes « logiques de protestation ».

Typologie des logiques de protestation

Tous les mouvements sociaux d’Afrique de l’Ouest n’ont pas la même source ni les mêmes pratiques. Pour les distinguer, Ndongo Samba Sylla propose alors la typologie suivante, dont il précise que la terminologie n’exprime aucun jugement de valeur :

Luttes libérales : Ce sont les luttes qui visent à défendre le droit des minorités (en Afrique de l’Ouest ce sont par exemple les luttes pour la défense des communautés LGBTQI+)

Luttes républicaines : Ce sont les luttes qui visent à renforcer l’État de droit et la constitution (par exemple contre la corruption des élites politiques)

Luttes corporatistes : Ce sont les luttes qui visent à défendre les intérêts d’un groupe socioprofessionnel organisé (par exemple les étudiant·e·s, groupe protestataire par excellence en Afrique de l’Ouest)

Luttes prolétariennes : Ce sont les luttes qui visent à lutter contre les inégalités économiques (par exemple les luttes contre la vie chère, contre l’absence d’infrastructures ou de services sociaux, et contre l’accaparement des terres)

Luttes transversales : Ce sont les luttes multidimensionnelles qui combinent plusieurs types de luttes (par exemple la lutte contre les pratiques esclavagistes en Mauritanie, qui est à la fois une lutte pour la reconnaissance des droits des haratines et une lutte pour le renforcement des mesures étatiques contre l’esclavagisme).

L’absence d’un contre-projet

Tour à tour, de nombreux auteur·ice·s de l’ouvrage décrivent la façon dont les mouvements sociaux s’organisent parfois pour être une simple « offre politique » répondant à une « demande populaire », plutôt qu’un véritable contre-projet visant à réellement changer la société. Ce constat n’est pas accompagné d’un jugement péjoratif envers les militant·e·s, mais plutôt d’analyses précises visant à expliquer en quoi le contexte politique et économique joue en défaveur de réponses sociales radicales. Par exemple, les auteur·rice·s de l’article dédié à la Côte d’Ivoire décrivent l’existence d’une grille de lecture politique « quasi-manichéenne » (opposant « nous » – le peuple, et « eux » – les gouvernants) qui vient étouffer le pluralisme de la société civile et y imposer des luttes partisanes, empêchant toute convergence autour de réponses sociales concrètes face à la crise économique. De même, dans son article sur le Burkina Faso, Lila Chouli explique que « le défi principal posé par ces mouvements sociaux est de proposer une alternative crédible au système en place ». Ce qui manque à une potentielle convergence des luttes, c’est la proposition d’un réel contre-projet de société, ancré dans les revendications populaires.

Les pistes de recherche à approfondir

Ndongo Samba Sylla propose trois pistes de recherches, auxquelles il faut ajouter deux autres pistes proposées par des auteur·ice·s de l’ouvrage :
  • La place des médias dans les mouvements sociaux en Afrique de l’Ouest, et leur possible soutien aux révoltes populaires à venir.
  • L’usage des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans la stratégie des mouvements sociaux, à l’image de ce qu’il a pu être lors du « printemps arabe ».
  • Le rôle des réseaux transnationaux de solidarité dans la massification des luttes, avec un point de vigilance sur la possible marchandisation de ce soutien venu de l’étranger.3
  • Les mouvements sociaux régionaux, et leur capacité à s’allier avec les mouvements nationaux sur des revendications convergentes.
  • La possible appropriation des expérimentations d’Amérique latine, notamment sur les nouvelles formes de démocratie directe.4
Ndongo Samba Sylla Directeur de l’ouvrage

Pistes de réflexion

La lecture de cet ouvrage intervient dans un contexte où il est important pour les organisateur·ice·s de prendre du recul avec les références et les exemples anglo-saxons. Que nous portions notre regard vers l’Amérique latine, l’Asie ou l’Afrique de l’Ouest, il existe des milliers d’exemples de mouvements sociaux, de campagnes et de luttes locales dont nous pouvons aujourd’hui apprendre et nous inspirer.

En effet, il y a tout d’abord un véritable intérêt à découvrir des récits de luttes africaines et à se plonger dans leurs détails pour analyser plus largement ce qui favorise la naissance et la montée en puissance des mouvements sociaux. Il est ensuite tout aussi important de découvrir les mouvements de fonds qui sont à l’œuvre dans les démocraties d’Afrique de l’Ouest, car malgré une grande variété dans les contextes politiques et institutionnels, on voit se dessiner des tendances lourdes qui existent également en Europe : la crise de la démocratie représentative, la difficile convergence des luttes, la dépolitisation de certains mouvements sociaux, le soutien (à double tranchant) de certains acteurs internationaux… Découvrir la façon dont les démocraties se réinventent en Afrique de l’Ouest, c’est jeter un regard différent sur les démocraties européennes qui, loin d’être en position de donner des leçons, vivent tout aussi bien la corruption des élites, la menace populiste et la difficile défense de l’Etat de droit.

Quelques pistes critiques sont néanmoins à garder en tête à la lecture de cet ouvrage, pour en mesurer les possibles limites. Tout d’abord, il est important de préciser que ce travail de recherche s’appuie sur une période resserrée (2010-2013) et déjà lointaine, et qu’il est donc davantage le portrait sociologique d’une époque qu’un essai politique. Par exemple, l’article qui traite du Burkina Faso fut écrit quelques mois à peine avant l’essor du Balai Citoyen. Ce qui fait que le grand mouvement social qui conduisit au départ de Blaise Compaoré (et toutes les spécificités qui lui sont propres) n’est pas ici traité. De même, plusieurs pistes de recherche ou d’apports sont à relire aujourd’hui avec le recul des très nombreuses transformations sociales, politiques, économiques et technologiques qui ont eu lieu depuis 2013.

Voici plusieurs articles ou ressources pour approfondir ces thématiques :

Par ailleurs l’aspect très synthétique de l’ouvrage (qui brosse un très grand tour d’horizon) empêche de rentrer dans les détails de la genèse et du déploiement des mouvements sociaux. On peut lire des analyses politiques fines, contextualisées et bien argumentées, mais ces dernières ne décrivent que succinctement les réalités concrètes des mouvements sociaux cités. Certes, de nombreux articles contiennent de courtes études de cas (comme celle de la révolte d’Ashaiman, au Ghana), mais celles-ci n’entrent pas dans la déconstruction des ressorts qui ont animé les luttes. En effet, au sein d’un même « mouvement », on peut retrouver une multiplicité d’acteur·trice·s, avec des intérêts, des ancrages régionaux, des expériences militantes et des stratégies d’action très différentes. Rendre compte de cette complexité peut alors être une piste pour approfondir certains enjeux thématiques présentés par Ndongo Samba Sylla (comme la place des médias dans les luttes), mais aussi d’en explorer de nouveaux (comme les questions de genre et des formes de leadership).

De fait, l’ouvrage choisit d’insister sur la relation entre l’émergence des mouvements sociaux et les conséquences institutionnelles de ces mouvements (changement de régime, alternance politique, transformation ou réforme des institutions…). Mais ces analyses politiques structurelles peuvent parfois donner l’impression que les mouvements sociaux sont un phénomène de surface, qui traduit en réalité d’autres changements plus profonds, plutôt qu’une transformation de fond à l’œuvre dans les sociétés d’Afrique de l’Ouest.

Cette approche structurelle de l’ouvrage induit enfin ce qui peut parfois être perçu comme une forme de jugement ou de hiérarchie entre les luttes. Certes il est bien précisé que la typologie des luttes présentée ici ne contient aucun jugement de valeur, pourtant les luttes menées par des minorités pour défendre leurs droits (comme les luttes LGBTQI+) sont qualifiées de « libérales », dans un texte où le libéralisme en tant que doctrine est lui-même très fortement critiqué. Si il est important d’analyser ces luttes à l’aune de leur rôle historique depuis une approche très globale, il est tout aussi important de les reconnaître comme des luttes uniques et légitimes par elles-mêmes. Cette approche globale et structurante est ainsi à compléter et approfondir avec des récits de luttes particulières, pour mieux comprendre leurs rouages, spécificités et défis. 

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  1. Le libéralisme est une doctrine politique et économique aux contours flous, qui d’après Ed Rooksby peut se résumer à un répertoire de valeurs qui ont été utilisées par la bourgeoisie à partir du XVIIème pour combattre la féodalité. Parmi ces valeurs on compte bien sûr la liberté (comprise surtout comme liberté individuelle), la tolérance, le respect des droits fondamentaux et l’inscription de ces derniers dans un texte juridique inaliénable (une constitution). Avec le temps, ces valeurs ont été déclinées dans le champ économique, avec notamment la défense du « libre-échange », qui rejette l’interventionnisme et le protectionnisme de l’État, afin de garantir la libre concurrence.
  2. Fruit d’un compromis historique entre partisan·e·s du « pouvoir au peuple » et défenseurs·euses du « gouvernement des sages », la démocratie représentative délègue la gestion des affaires publiques à un personnel politique élu par le peuple. En d’autres termes, sur le papier le peuple reste souverain, mais dans les faits ce sont les élu·e·s qui exercent le pouvoir décisionnaire au quotidien. De Simone Weil à Hannah Arendt, de nombreux·euses philosophes ont critiqué la démocratie représentative, en la qualifiant d’oligarchie : « gouvernement du peuple par une élite issue du peuple ».
  3. Dans l’ouvrage African Struggles Today. Social Movements since Independence, les chercheurs Dwyler et Zeilig consacrent une partie de leurs réflexions à la place grandissante que jouent les fondations étrangères dans le financement des mouvements sociaux en Afrique. D’après eux, l’effondrement du bloc soviétique et du communisme en tant que contre-idéologie ont encouragé beaucoup d’activistes radicaux d’Afrique à abandonner la lutte contre le capitalisme global et à se retrancher sur des campagnes de moindre envergure. Or, dans ce contexte, les ONG et les fondation internationales peuvent accentuer la dépolitisation des mouvements sociaux en encourageant la transformation des collectifs militants en structures marchandes se rémunérant par des activités d’ « empowerment ».
  4. En proposant cette piste, Issa N’Diaye cite en particulier les expérimentations menées au Venezuela et en Bolivie.