« Méthodes de travail de base et organisation populaire » – Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre

Traduit par Collectif

Une publication du secteur Formation – Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre.

Mise en page : Secrétariat National MST
Commandes : Secrétariat national – secteur de la formation secgeral@mst.org.br
1ère édition – octobre 2009

Traduction finalisée en français en février 2023
par A l i c e  G r i n a n d  et  Y a n n  L e  B o u l a i r e

Depuis les années 80, le Mouvement Sans Terre au Brésil milite pour une réforme agraire, afin de redistribuer les terres détenues par les élites et développer une agriculture paysanne, familiale et durable. C’est l’un des mouvements sociaux les plus importants d’Amérique Latine, qui à inspiré des luttes paysannes partout dans le monde.

Grâce à plus de 2 500 occupations de terres, le mouvement a gagné 7,5 millions d’hectares de terre pour 370 000 familles paysannes. Aujourd’hui, ces familles continuent à lutter pour les écoles, le crédit pour la production agricole, et l’accès aux soins de santé.

Ce manuel, riche en informations sur les structures horizontales et les idéologies marxistes du MST, décrit les approches organisationnelles et les expériences de démocratie participative pour lesquelles le MST est connu.

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Introduction

Nous vivons dans une société qui a pratiquement séparé deux aspects qui devraient – de notre point de vue – constituer une unité dialectique : la théorie et la pratique. Nous faisons référence à la séparation entre celles et ceux qui pensent, qui dirigent, et celles et ceux qui font, qui exécutent ; à la séparation entre le travail intellectuel et le travail manuel. Nous ne pouvons pas répéter cette pratique dans les organisations qui cherchent à transformer cette société.

Le Mouvement des travailleur-eus-es rurales sans terre (MST) s’est toujours attaché à articuler les deux sphères, en vue de dépasser chaque fois davantage cette dichotomie. C’est pour cela que l’étude est fondamentale. L’appropriation du savoir scientifique, des expériences historiques, des stratégies de lutte, des méthodes de travail, de direction, d’organisation et de formation politique sont des conditions essentielles pour faire évoluer une organisation dans laquelle les participant-e-s constituent en sujets politiques dotés de la capacité de penser, d’élaborer et de faire.

C’est en ce sens que plusieurs camarades ont élaboré des apports méthodologiques à divers moments, que nous avons maintenant organisés dans ce Cahier de formation, afin que les militant-e-s puissent mener à bien les tâches organisationnelles et continuer à se former à ce processus. D’où l’importance de la méthode, de la manière, de la façon de faire, comment l’on apprend à faire – en faisant.

Il est important de souligner que plusieurs apports inclus dans cette publication ont été rédigés il y a un certain temps pour répondre à des défis spécifiques dans une réalité donnée. Par conséquent, ils ne peuvent jamais être interprétés comme une recette miracle, comme quelque chose qui peut être appliqué mécaniquement à toutes les situations. Elles servent toutefois d’exemples d’expériences, de pratiques qui ont été réelles dans certaines organisations et qui peuvent servir de lignes directrices et d’appui pour que, à d’autres moments et dans d’autres réalités, nous puissions continuer à élaborer et à mettre en œuvre une méthode d’organisation et de travail de base qui tienne compte des défis à relever.
Par conséquent, ce qui est exposé dans ce Cahier de formation doit servir de guide, de stimulation, d’expérience et de référence à partir de ce qui a déjà été construit.

La réalité est en mouvement permanent et nous amène de nouvelles questions que nous devons interpréter et affronter, pour progresser dans le processus de lutte pour l’émancipation de la classe ouvrière. L’un des grands défis est de savoir : comment faire ?

Par conséquent, la méthode doit être un outil (et non une recette) qui nous aide à mieux diriger ; à faire des planifications cohérentes tant avec la réalité qu’avec les objectifs ; à déléguer des responsabilités et des tâches qui puissent forger de nouveau-elle-s militant-e-s ; à coordonner des réunions productives et participatives ; à développer une mystique d’inspiration révolutionnaire ; à surmonter les erreurs et les errements organisationnels qui affectent le collectif ; à comprendre plus en profondeur l’importance et la nécessité du travail de base pour le renforcement de l’organisation ; à discuter des questions liées à l’exercice du pouvoir et à la nécessité de construire le pouvoir populaire par la lutte permanente de tous-tes les travailleuses et travailleurs impliqué-e-s dans les processus d’organisation de classe.

Pourvu que les apports que vous avez maintenant entre les mains puissent contribuer au Travail de Base, réveiller notre créativité et renforcer notre pratique pour qu’elle soit plus efficace dans ces moments complexes et difficiles de lutte pour la Réforme Agraire, c’est-à-dire de la lutte des classes dans notre pays. Il s’agit d’un outil de plus pour guider notre réflexion sur la pratique, sur l’équilibre critique qui a lieu dans notre organisation, en cherchant à surmonter les lacunes et limites, en contribuant à l’amélioration structurelle que le MST doit réaliser dans ce contexte actuel de lutte des classes, en cumulant et en augmentant notre force sociale.

Nous savons que la force d’une organisation se construit collectivement et est liée à de nombreux facteurs qui s’ancrent dans une réalité spécifique et concrète. Parmi ces facteurs, nous pouvons souligner la question de la formation de la conscience, les méthodes d’organisation de ses membres et la capacité à se mobiliser et à mener des luttes qui donnent véritablement naissance aux transformations.

La force du peuple réside dans son organisation et sa capacité à mener des luttes. Mais sa force réside également dans la clarté de ses objectifs, tant immédiats que stratégiques, car c’est en fonction de ceux-ci que se construit la structure organisationnelle, que sont définies les tactiques et les stratégies de lutte, lesquelles fonctionnent comme des lignes directrices pour les processus de formation développés au sein de l’organisation.

Nous pouvons également ajouter que la force d’une organisation réside dans les valeurs humanistes et socialistes qu’elle cultive et véhicule.

Elle est dans les principes de l’éthique et de la morale révolutionnaire. Elle est dans les liens affectifs et la solidarité avec d’autres secteurs et mouvements sociaux, dans la capacité d’alliances avec d’autres forces populaires en lutte. Mais toute cette accumulation de forces doit se construire autant dans l’élaboration théorique que dans la pratique, en reliant toujours les deux aspects du même processus.

Il est nécessaire d’avoir la conviction que la classe ouvrière peut être « l’architecte de son propre destin ». Pour ce faire, elle devra décider et prendre en main le cours de l’Histoire. Si les circonstances actuelles sont défavorables et que nous vivons un recul des mouvements de masse, nous devons apporter notre contribution pour que les conditions historiques s’améliorent et pour nous préparer à la montée en puissance des mouvements de masse, avec des possibilités concrètes de mener à bien les changements et les transformations nécessaires à la libération des travailleuses et travailleurs. Comme l’a déjà dit l’un des grands maîtres de la classe ouvrière mondiale : « L’émancipation de la classe ouvrière sera l’œuvre de la classe elle-même, ou il n’y aura pas d’émancipation ».

Bonne étude et bon travail de terrain à tous.

São Paulo, septembre 2009.

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