La médiathèque des organisateurs·ices

De la lecture, des films, des podcasts pour en apprendre plus sur l’organisation collective, mais aussi se faire plaisir !

Les recommandations sont classées par section. Chaque section a pour vocation d’être mise à jour régulièrement, en s’appuyant sur les suggestions de la communauté 🙂

BD et romans graphiques Récits de luttes en images

Le partage de BD, un enjeu d’éducation populaire ?

La bande dessinée est un support facile d’accès, mais également un médium idéal pour découvrir des réalités de l’organisation collective, en s’immergeant dans des récits de lutte parfois aux antipodes de notre champ d’expérience quotidienne. Faire circuler des récits de lutte en bande dessinée est ainsi, d’une certaine manière, un petit effort d’éducation populaire.

Nos critères de sélection – dont nous reconnaissons volontiers la subjectivité – sont les suivants :

  • L’ouvrage doit être accessible facilement en langue française
  • Le récit doit, autant que possible, tendre vers le réalisme et ne pas donner ni dans le romantisme militant, ni dans la victimisation des premiers concernés
  • Le travail graphique doit être de qualité, et ne pas se contenter de placards de texte agrémentés d’illustrations exécutées à la va-vite
  • L’expérience de lecture doit être instructive, et apporter une forme de découverte ou de réflexion sur l’engagement militant et les tactiques de lutte

Le cadre est posé ! Nous pouvons maintenant passer aux recommandations elles-mêmes :

« Johnson m’a tuer » (de Louis Theillier)

Album : 96 pages

Editeur : Futuropolis

Date de publication : 5 mai 2014

De quoi ça parle ?

Le 31 janvier 2011, l’entreprise Johnson Mattey (multinationale dont le siège est en Angleterre) annonce la fermeture de son usine de pièces automobiles implantée en Belgique. Bien que largement bénéficiaire, le groupe considère que le site n’est assez rentable et fait le choix de délocaliser en Macédoine, mettant ainsi ses 300 employés sur le carreau.

Sous le choc, Louis Theillier, qui fait partie des licenciés, décide de dessiner ce qu’il voit avec un simple stylo Bic. De jour en jour, les planches s’accumulent et deviennent une véritable chronique de la lutte syndicale qui s’engage.

Pourquoi c’est bien ?

Au moment des faits, Louis Theillier n’est pas dessinateur professionel ni journaliste. C’est un travailleur comme les autres, qui témoigne, en utilisant la BD reportage comme outil de lutte. Et il fait le choix de raconter tout qu’il voit. Pas de longs discours sur la fraternité ouvrière ni d’ellipses dissimulant les (nombreux) moments de creux pendant le bras de fer avec le patron. Juste des individus qui doutent, ballotés par les évènements, sans trop savoir comment tout cela se terminera.

Et l’organisation collective dans tout ça ?

De bien des façons, la lutte des ouvriers belges contre la fermeture de leur usine est un exemple archétypique des innombrables conflits liés aux délocalisations. Et l’on s’aperçoit que, d’années en années, le patronat a acquis une véritable expertise dans la gestion de ces conflits. Pillage de l’entreprise, coup fourrés, mensonges, division des travailleurs : tout est minutieusement préparé (des mois voire des années en amont) pour empêcher les travailleurs de s’opposer efficacement à la fermeture du site.

Journal d’une Femen (de Michel Dufranne et Séverine Lefebvre)

Album : 122 pages

Editeur : Le Lombard

Date de publication : 11 septembre 2014

De quoi ça parle ?

Pendant deux années, Michel Duffranne a passé plusieurs centaines d’heures à interviewer des membres du mouvement Femen, afin de comprendre et de partager leur combat quotidien.

Conscient de sa posture d’homme (et des limites qu’elle impose), il a fait le choix de recourir au docu-fiction pour raconter un parcours de militante, de sa découverte du mouvement à ses premières actions au sein de celui-ci.

Pourquoi c’est bien ?

Le scénariste a choisi – avec raison – de commencer son récit par une suite de « situations-type » décrivant les violences physiques et psychologiques vécues quotidiennement par les femmes. Malheureusement, tout cela est fait avec une certaine maladresse qui véhicule bon nombre de stéréotypes (tant féminins que masculins).

Néanmoins, dès que l’héroïne entre en contact avec le collectif Femen, la lecture devient passionante. On découvre, dans le détail, le recrutement des millitantes, leurs enraînements hebdomadaires ainsi que leurs actions collectives.

Et l’organisation collective dans tout ça ?

Il est clair que la stratégie des Femen est plus proche de l’activisme traditionnel que de l’organisation collective. Actions directes symboliques et médiatisation sont les deux piliers de leur théorie du changement. Toutefois, il est particulièrement intéressant de prêter attention à la culture de leur organisation. Leur structuration, leur discipline militante, leurs rituels (en particulier les entraînements physiques) sont uniques et peuvent nous aider à imaginer de nouvelles façons de cimenter une communauté de lutte ou de préparer des actions collectives exigeantes.

Plogoff (de Delphine Le Lay et Alexis Horellou)

Album : 189 pages

Editeur : Delcourt

Date de publication : 20 juin 2018

e quoi ça parle ?

En 1979, les habitants de Plogoff, en Bretagne, découvrent que le gouvernement veut construire une centrale nucléaire aux abords de leur petit village. Après de nombreuses réunions d’information, ils décident de s’opposer au projet et de faire barrage aux agents d’EDF. Un bras de fer s’engage alors avec le gouvernement.

Pourquoi c’est bien ?

En dehros de la Bretagne, la lutte de Plogoff est assez méconnue. Nous avons été à la fois stupéfait·es et impressioné·es par l’ampleur de ce mouvement social, aussi marquant que l’occupation du plateau du Larzac ou la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Entre violences policières et brutalité de la bureaucratie d’Etat, les similitudes avec bon nombre de combats actuels sont flagrantes.

Et l’organisation collective dans tout ça ?

Avec un peu de recul, on peut lire entre les lignes qu’un véritable effort d’organisation était à l’oeuvre et que des associations écologistes et anti-nucléaires avaient envoyé des militants sur place avec comme objectif de faire un véritable travail d’organisation collective.

Wake up America (de John Lewis, Andrew Aydin et Nate Powell)

Album : 3 tomes de 150 pages environ

Editeur : Rue de Sèvres

Date de publication : 8 Janvier 2014

De quoi ça parle ?

Il s’agit de l’autobiographie de John Lewis, l’une des figures les plus importantes du mouvements pour les droits civiques aux Etats-Unis. Le récit commence pendant son enfance, et se conclut par la ratification du Voting Rights Act de 1965.

Cette fresque en 3 tomes, qui compte plus de 550 planches au total, retrace ainsi dans le détail la longue route des afro-américains pour l’obtention du droit de vote effectif.

Pourquoi c’est bien ?

Il s’agit d’un véritable comic book à l’américaine : le trait est vif, la narration dynamique et les auteurs ne tombent jamais dans les travers de la « BD éducative », figée et sans saveur. John Lewis contribue d’ailleurs à cette légèreté en partageant des anecdotes intimes et amusantes. Sans négliger la gravité des faits qu’il relate, il restranscrit avec beaucoup d’humanité les aspects parfois triviaux de la lutte.

Et l’organisation collective dans tout ça ?

Cette BD est presque un manuel de community organizing ! Tout y est : la planification du changement, le patient travail d’organisation, l’enchaînement des actions collectives, la négociation avec les décideurs… tout cela jusqu’à la victoire. Des rues de Montgomery jusqu’aux marches du Capitole, on voit peu à peu la communauté afro-américaine se structurer, se former, monter en puissance et dépasser ses peurs.

Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin (d’Émilie Plateau)

Album : 136 pages

Editeur : Dargaud

Date de publication : 18 janvier 2019

De quoi ça parle ?

– Le 2 mars 1955, dans le bus de 14h30, Claudette Colvin refuse de céder son siège à un passager blanc.

– Claudette… Colvin ? Vous voulez dire Rosa Parks !

– Ah non, Rosa Parks a refusé de céder son siège le 1er décembre 1955, dans le bus de 18h00, soit près de 9 mois après Claudette Colvin.

– Mais pourquoi les livres d’Histoire ont-ils retenu le nom de Rosa Parks mais pas celui de Claudette Colvin ?

– C’est justement tout l’objet de cette bande dessinée, adaptation de la biographie éponyme écrite par Tania de Montaigne (et ayant reçu le prix Simone Veil en 2015).

Pourquoi c’est bien ?

Bien qu’abordant le même sujet, cette bande dessinée est presque l’exacte inverse de « Wake Up America ». Car tandis que John Lewis aime à rappeller qu’il est le dernier membre vivant des Big Six (les six présidents des plus grandes organisations afro-américaines), « Noire » nous rappelle plutôt que ce petit club était uniquement constitué d’hommes. Quelle était alors la place des femmes dans le mouvement des droits civiques ?

Cette bande dessinée, d’une grande douceur, est pourtant la plus tragique et la plus poignante de toute cette liste. Car elle participe à ce qui pourrait devenir une contre-histoire des mouvements sociaux. Un récit qui soit celui des oubliées de la « Grande Histoire Militante ». Celles qui ont été les dominées des dominés.

Et l’organisation collective dans tout ça ?

« Noire » n’est pas, en tant que tel, un récit de lutte. C’est plutôt un coup de projecteur sur la brutalité que les militants peuvent se faire subir entre eux. Car il est si facile de justifier des comportements indignes sous prétexte de « l’urgence », des « enjeux » ou du « caractère exceptionnel » des évènements.

L’histoire de Claudette Colvin est comme un aide-mémoire, un garde-fou qui nous rappelle que tout collectif militant se devrait d’être inclusif, ouvert, bienveillant, ne pas considérer que « la fin justifie les moyens » ni même que les autres puissent être ces « moyens ».

Lip, des héros ordinaires (de Laurent Galandon et Damien Vidal)

Album : 176 pages

Editeur : Dargaud

Date de publication : 20 mars 2014

De quoi ça parle ?

Au début des années 1970, Lip est une manufacture horlogère dont les 1300 emplois sont vitaux pour la ville de Besançon. Toutefois le capital de l’entreprise, lui, est majoritairement suisse. Et il se trouve justement qu’en Avril 1973, les actionnaires décident de fermer le site. S’ensuivent 329 jours de lutte pour sauver l’usine.

Pourquoi c’est bien ?

Les auteurs ont choisi d’écrire un documentaire fiction dont l’héroïne – Solange – vit un parcours politique affectant à la fois sa vie de travailleuse mais aussi sa vie de femme. Outre la lutte syndicale, on découvre ainsi la vie en province dans les années 70, après que l’enthousiasme de Mai 68 se soit estompé.

Au milieu de cette morosité, l’audace des ouvriers de Lip impressionne et inspire. Et c’est un vrai plaisir que de découvrir la culture bienveillante et rigoureuse que des travailleurs avaient su instaurer, même dans ce moment de crise.

Et l’organisation collective dans tout ça ?

La particularité de Lip, c’est que les ouvriers ont fait le pari de l’autogestion. S’appuyant sur le stock qu’ils avaient confisqué, ils ont transformé leur usine en une coopérative ouvrière éphémère, et généré du revenu pour tenir pendant leurs négociations avec leur patron.

De même, les ouvriers de Lip ont su très rapidement bénéficier de la solidarité nationale pour tenir dans la durée. De façon concertée et réfléchie, ils ont développé une stratégie de communication efficace. A mesure que leurs porte-paroles arpentaient la France, ils participaient à des débats sur leur combat et recrutaient ainsi de nouveaux soutiens.

Wobblies – Un siècle d’agitation sociale et culturelle aux Etats-Unis (sous la direction de Paul Buhle et Nicole Schulman)

Album : 320 pages

Editeur : NADA Editions

Date de publication : 28 mars 2019

De quoi ça parle ?

Les wobblies, c’étaient les membres du IWW (Industrial Workers of the World), syndicat anarchiste créé en 1905 aux Etats-Unis. Leur vision était de rassembler en un seul grand syndicat toute la classe ouvrière, afin d’abolir le capitalisme, l’Etat et le salariat.

Et leur stratégie ? D’abord organiser et former les travailleurs les plus pauvres des Etats-Unis, des couturières aux bûcherons en passant par les ouvriers agricoles. Puis passer à l’action directe : grèves, boycotts, sabotages.

Cet ouvrage relate, de façon documentée et chronologique, l’histoire du IWW et de ses membres, au travers de leurs débats, leurs luttes mais aussi de leurs souffrances face aux incessantes répressions.

Pourquoi c’est bien ?

Dans cet ouvrage hors-normes, quelques grands noms de la BD américaine se sont passé le mot pour bâtir un objet graphique non-identifié, à mi-chemin entre l’hommage, le manuel d’Histoire et le pamphlet anarchiste.

Chaque chapitre s’ouvre par un véritable exposé historique qui, à la manière d’Howard Zinn lève le voile sur des pans entiers de l’histoire populaire américaine. Par exemple, saviez-vous qu’en 1908, des wobblies de Chicago avait créé une « Université des Sans-Abris » ? De même, aviez-vous déjà entendu parler de Mary Harris Jones, militante qui, à l’âge de 73, avait organisé une marche d’enfants ouvriers jusqu’à la résidence d’été du président Théodore Roosevelt ?

Cette bande dessinée, sous ses airs de pavé universitaire, est une véritable pépite remplie d’anecdotes inspirantes et d’idées stratégiques qu’il serait aujourd’hui intéressant de revisiter.

Et l’organisation collective dans tout ça ?

Les wobblies étaient littéralement une armée d’organisateurs (et d’organisatrices !), qui avaient dédié leur vie à une lutte sans relâche contre l’élite politico-économique des Etats-Unis.

Cette bande dessinée est une sorte de grande galerie des portraits de tous les héros de la classe ouvrière américaine, avec à chaque fois le récit de leurs luttes les plus mémorables.

Où que le regard se pose, on trouve une tactique décalée, un travail d’éducation populaire remarquable ou un récit de grève passionant.

La communauté (de Tanquerelle et Yann Benoît)

Album : 368 pages

Editeur : Futuropolis

Date de publication : 23 septembre 2010

De quoi ça parle ?

Cette bande dessinée n’est pas, à proprement parler, un récit de lutte. Mais elle porte sur une expérimentation que chacun se devrait de lire et d’analyser avec intérêt : la création d’une communauté de vie. En Février 1972, des étudiants soixante-huitards se cotisent pour acheter une ancienne ferme et y créer un atelier de sérigraphie.

Pourquoi c’est bien ?

En plus de 300 pages, les auteurs procèdent à une restrancription graphique d’un entretien avec l’un des fondateurs de la communauté. Tout y passe : les règles de vie, le travail quotidien, la répartition des tâches, les relations avec les fermiers voisins… Et c’est absolument passionnant.

Par ailleurs, on est aux antipodes des clichés sur les communautés hippies. Ici, pas d’union libre, de drogue ou de fêtes à répétition. La communauté cherche, par son travail, à se rendre autonome.

Loin de faire une apologie de l’autogestion, les auteurs restent fidèles au témoignage dont ils sont les dépositaires et relatent, dans les moindres détails la création, l’apogée puis la fin d’une expérimentation exceptionnelle.

Et l’organisation collective dans tout ça ?

De tous les ouvrages présentés jusqu’ici, c’est l’un des plus marquants. Parce qu’il contient une leçon bien plus riche que de simples conseils stratégiques : la constitution d’une communauté solidaire.

Le coeur de l’organisation collective, c’est l’humain. Les luttes se font et se défont sur notre capacité à générer (puis faire durer) des liens de solidarité entre des individus très différents. En ce sens, les plus grandes leçons d’organisation collective sont sans doute les plus humaines.

Nous garderons ainsi un souvenir particulier de la façon dont cette communauté de soixante-huitards a réussi à nouer de vrais liens de solidarité avec ses voisins. Ou encore de la façon dont elle a réussi à maintenir, pendant de nombreuses années, une répartition équitable et diverse du travail

Vous souhaitez recommander une BD ou un roman graphique ? Nous lisons vos suggestions avec attention ! Pour nous les faire parvenir, c’est facile ! Il suffit de nous écrire à contact@organisez-vous.org.

Films et documentaires De la grande fresque au récit intimiste

Quel film diffuser pendant votre prochain week-end militant ?

Entre biopics formatés à gros budget et documentaires expérimentaux caméra à l’épaule, la grande lucarne n’est pas toujours le lieu idéal pour les récits de lutte. Soit on se perd dans les détails d’un quotidien au ras du terrain, soit on érige des statues à la gloire de grands héros sans questionner leurs pratiques.

C’est pourquoi, dans nos recommandations cinéphiles, nous avons choisi les critères suivants :

  • Le visionnage doit être agréable, avec un réel effort dans le travail du cadre, de la photographie, de la réalisation et du montage
  • Le récit doit, au moins par moments, s’intéresser aux questions de stratégie et d’organisation collective
  • Les personnages principaux doivent être montrés dans le quotidien de la lutte, notamment pendant les moments de doute, de défaite ou de choix difficiles
  • Le sens du collectif doit être bien retranscrit, pour ne pas donner l’illusion d’un homme ou d’une femme providentiel·le qui aurait tout accompli seul·e

Nos critères sont posé, il ne reste plus qu’à partager nos coups de coeur !

Cesar Chávez (2014)

Le biopic de l’activiste américain et icône populaire Cesar Chavez. Sa lutte pour la reconnaissance des travailleurs agricoles et pour les conditions de vie des émigrés mexicains travaillant sur le sol américain, les « chicanos ».

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Ce film raconte le travail quotidien (et ingrat) de l’un des plus grands organisateurs syndicaux américains. On voit à l’écran les différentes étapes de la lutte qu’il a menée, avec ses doutes, ses erreurs et ses petites victoires.

WE WANT SEX EQUALITY (2010)

Au printemps 68 en Angleterre, les ouvrières de Ford se mettent en grève. En se battant pour une égalité de statut, elle vont entamer un mouvement qui dépassera les murs de leur usine…

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Ce film dépeint le parcours de travailleuses qui ont peu à peu assumé la posture d’organisatrices syndicales, jusqu’à lancer leur propre grève.

120 BATTEMENTS PAR MINUTE (2017)

Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale.

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Ce film décrit en particulier l’accueil de nouveaux militants au sein du groupe, et l’organisation concrète d’actions directes par Act Up.

Knock Down the House (2020)

Ce documentaire suit quatre femmes pendant leur course au Congrès américain, avec le soutien des political organizers de l’association « Brand New Congress ».

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La richesse de ce documentaire vient de sa précision quant au rôle joué par l’aile gauche du parti démocrate. Son pari est simple : former une nouvelle génération de femmes politiques, rompues aux méthodes du community organizing.

En guerre (2018)

Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés, la direction de l’usine Perrin Industrie décide la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés refusent cette décision brutale et se mettent en grève pour sauver leur emploi.

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Bien qu’il s’agisse d’une fiction, ce film décrit avec précision les efforts désespérés des syndicats pour faire face aux choix arbitraires des multinationales.

Greenpeace, comment tout a commencé (2015)

En 1971, alors que les Etats-Unis s’apprêtent à réaliser des essais nucléaires au large de l’Alaska, un groupe de militants pacifistes et écologistes embarque sur un chalutier pour entraver les essais.

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La grande richesse de ce documentaire, c’est la théorisation de la tactique de la « bombe mentale » par l’un des co-fondateurs de Greenpeace : Bob Hunter.

LES CONQUÉRANTES (2017)

En 1971, dans le petit village suisse d’Appenzell, les femmes entrent en campagne lorsqu’un référendum sur leur droit de vote est organisé.

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Outre l’originalité de son décor, ce film capte un enjeu fort de l’organisation collective : la diffusion d’un mouvement et de ses idées dans le monde rural, où les structures et les instituions imposent de nouvelles tactiques.

SELMA (2014)

Le Dr Martin Luther King organise une marche pacifique, depuis la ville de Selma jusqu’à celle de Montgomery, pour encourager le président Jonhson à signer une nouvelle loi sur le droit de vote des citoyens afro-américians.

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Tout en restant dans le cadre très formel du cinéma hollywoodien, ce film nous montre les coulisses d’une campagne concrète, où l’on découvre Martin Luther King dans son rôle d’organisateur.

Cette liste est mise à jour régulièrement !

 

Vous souhaitez recommander un film ou un documentaire ? N’hésitez pas à nous écrire !

La philo des militant·es Itinéraires sonores pour (re-)découvrir les grand·es auteur·ices

Arendt, Marx, Spinoza, par où commencer ?

L’urgence de la lutte nous accapare. Mais dans les marges de ce maelström, le temps parfois s’arrête, ou plutôt s’étire lentement, et nous laisse en tête-à-tête avec nos questions les plus profondes et les plus difficiles. Pendant un après-midi, un week-end, ou même une semaine on peut consacrer son attention et son énergie à la découverte de systèmes philosophiques exigeants qui pouvaient, de prime abord, sembler inaccessibles.

Qui, en temps normal, a l’opportunité de se pencher sur l’idée de « multitude libre » chez Spinoza ? Qui peut se permettre d’affronter les écrits de Foucault, et leur définition dispersée du pouvoir ? Qui a le courage d’ouvrir le Livre I du Capital de Marx ? Et qui sait où chercher pour trouver des commentaires didactiques et faciles d’accès sur Arendt ou Rancière ?

C’est pourquoi nous vous proposons ici une carte au trésor. Une série d’itinéraires, déblayés et balisés, pour éviter les chausse-trappes, les fausses pistes et les obstacles décourageants. Par ailleurs, comme la mémoire auditive est rarement mise à l’honneur en philosophie, ces itinéraires sont constitués uniquement d’archives audio (cours, conférences, interviews, lectures) que l’on peut emporter partout avec soi et surtout écouter pendant que nos mains sont occupées à autre chose.

Chaque parcours a trois niveaux de difficulté : 

  • Philosophe du dimanche (vous ne connaissez pas du tout l’auteur dont il est question et vous voulez avant tout découvrir sa biographie et ses grandes idées)
  • Philosophe confirmé (vous connaissez déjà un peu cet auteur, mais vous souhaitez approfondir un peu ses concepts les plus connus)
  • Philosophe confiné (vous souhaitez vous perdre dans la lecture des textes eux-mêmes et les multiples commentaires que l’on peut en faire).

[Chacun de ces parcours a été préparé et rédigé par Jean-Michel Knutsen, enseignant certifié en philosophie et fondateur de l’association. Afin d’assumer la subjectivité de ses choix il a choisi d’écrire à la première personne.]

Bonne écoute !

KARL MARX (1818-1883)

En quoi sa philosophie est-elle pertinente dans un contexte militant ?

Dans les sociétés occidentales, de plus en plus de luttes ont tendance à négliger le volet social de leurs revendications. Pourtant, des combats tels que l’écologie, l’égalité des sexes, l’accueil des exilés ou encore la réformes des institutions sont, chacun à leur manière, des combats contre le système d’exploitation capitaliste. Vous en doutez ? Alors suivez-moi dans cette découverte des concepts d’aliénation, de plus-value et de dialectique matérialiste.

Parcours en 3 éTapes :

  • Philosophe du dimanche :

Comme la vie de Marx est absolument indissociable de ses œuvres, j’aurais tendance à commencer par un visionnage d’un court documentaire (30 minutes à peine) consacré à sa vie. Il s’agit d’un épisode de la série « La folle histoire des grands hommes », produite par la BBC, qui est à la fois pleine d’humour mais toujours exacte factuellement.

Ensuite, pour sortir des préjugés et des idées fausses qui sont légion sur le personnage, j’écouterais les deux interviews du philosophe trotskiste Daniel Bensaïd (de chacune 40 minutes), accessibles sur le site de « Là-bas si j’y suis ». Il s’agit d’entretiens réalisés dans le cadre de la publication de l’ouvrage « Marx, mode d’emploi », ouvrage de vulgarisation, ce qui fait que le ton est très didactique. Par ailleurs, Daniel Bensaïd était un penseur et un commentateur rigoureux, ce qui fait qu’on apprend toujours beaucoup de choses en écoutant ses prises de parole.

  • Philosophe confirmé :

Pas question de s’attaquer tout de suite au Capital ! D’une part c’est un texte économique très ardu, et d’autre part ce manuscrit est resté inachevé.

La rencontre avec la pensée de Marx doit donc plutôt commencer par ses écrits de jeunesse, plus faciles d’accès, et au sein desquels il formule pas à pas ses thèses sur la religion, l’aliénation, la dialectique matérialiste, ou encore l’opposition entre bourgeoisie et prolétariat.

Pour appréhender de façon transversale les Thèses sur Feurebach, les Manuscrits de 1844 ou encore l’Idéologie Allemande, j’écouterais l’excellente émission des Chemins de la Philosophie, intitulée « Il est libre, Marx ». Le philosophe Aymeric Monville y étudie la façon dont Marx commente les écrits de Hegel et des idéalistes allemands pour formuler peu à peu sa propre conception de l’aliénation.

En complément, pour étoffer ma connaissance de la relation entre Marx et Hegel, j’écouterais cette émission des Nouveaux Chemins de la Connaissance, où le philosophe Jean-François Kervégan (spécialiste de Hegel) décrit comment Marx, âgé de moins de 30 ans, a pu oser affronter l’une des philosophies les plus ardues de tous les temps.

Enfin, si j’avais un peu de temps au calme et de quoi prendre quelques notes, je me lancerais dans l‘écoute intégrale du Manifeste du Parti Communiste (qui dure presque 1h30!).

  • Philosophe confiné :

Vous avez un peu plus de temps devant vous ? Le jargon philosophique ne vous fait pas peur ? Alors c’est parti, il est temps de plonger dans Le Capital ! Pour ceux qui n’ont jamais ouvert cet ouvrage, et qui veulent quelques repères avant de se lancer, je conseillerais deux pistes : d’une part cet excellent travail de résumé en vidéo du Livre I du Capital (à travers quatre grands concepts : la marchandise, le capital, l’exploitation et l’accumulation) ; et d’autre part cette série de quatre épisodes des Nouveaux Chemins de la Philosophie, qui entre plus en détail dans son commentaire de l’ œuvre.

 Et finalement, pour les plus courageux (ou les plus inconscients !), à qui des heures d’économie politique ne font pas peur, je recommanderais bien sûr l’écoute intégrale du texte lui-même.

Jacques Rancière (1940-)

En quoi sa philosophie est-elle pertinente dans un contexte militant ?

Rancière n’est pas un penseur à « systèmes ». Il ne cherche pas à créer une pensée-monde qui soit capable de tout expliquer ou de nous donner les clés de l’avenir. Au contraire, en toute humilité, il propose des idées qui viennent éclairer des impensés de notre quotidien politique : la radicalité de l’idéal démocratique, la pédagogie abrutissante de l’éducation contemporaine ou encore le découpage inégal de notre espace public.

Parcours en 3 éTapes :

  • Philosophe du dimanche :

Il est très difficile d’entamer la lecture de Rancière sans se perdre dans sa bibliographie. Recueils historiques, essais esthétiques, charges politiques et saillies pédagogiques, tout cela se chevauche sans que l’on arrive forcément à y déceler un fil conducteur ou un point d’entrée. Alors par où commencer ?

Le plus intéressant serait sûrement de commencer par une interview rétrospective, dans laquelle Rancière prend lui-même du recul sur son œuvre pour y souligner ses propres axes de travail. Et, peut-être en complément, une autre interview un peu plus légère pour mieux cerner son personnage et son engagement d’intellectuel

  • Philosophe confirmé :

Ce qui est à la fois le plus facile et le plus stimulant à appréhender aujourd’hui dans la pensée de Rancière, c’est son travail sur la démocratie, avec en particulier sa volonté de revaloriser celle-ci. Sur ce thème, j’écouterais tout d’abord une passionnante conférence datant de 2005, pendant laquelle Rancière lui-même expose le cœur de son argumentation pendant près de 90 minutes. Puis, pour coller un peu plus aux résonnances que peuvent avoir ses idées dans la politique d’aujourd’hui, je prendrais 30 minutes pour découvrir cette interview réalisée pendant l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2017

  • Philosophe confiné :

Rancière n’est pas un penseur jargonneux. Ses livres sont généralement courts, mais cette concision implique aussi une forte densité conceptuelle, qui peut parfois rebuter. C’est pourquoi, pour me rendre plus facile l’accès à certains de ses textes, j’aurais recours à des explicitations qu’il en a fait lui-même lors de diverses interviews.

 D’une part, pour me pencher sur sa contribution à la pensée de l’éducation populaire (avec son ouvrage « Le Maître Ignorant »), j’irais découvrir cette interview de 70 minutes que propose Judith Bernard sur le site d’Arrêt Sur Images. D’autre part, pour essayer de comprendre ce qui lie l’esthétique et la politique, je me plongerais dans cette courte interview de 30 minutes sur « le partage du sensible », disponible sur le site de France Culture. 

Baruch Spinoza (1632-1677)

En quoi sa philosophie est-elle pertinente dans un contexte militant ?

Spinoza est à la mode aujourd’hui dans certains milieux militants. En effet, de nombreux philosophes contemporains tels que Frédéric Lordon s’en réclament et, ce faisant, redonnent de l’éclat à des textes ardus et peu consultés. Mais tout en rendant hommage au philosophe de la joie, ces derniers tordent parfois son discours, jusqu’à en perdre le sens original. C’est pourquoi, pour retrouver la radicalité qui nous permet de penser la séparation entre la religion et l’Etat, la politique de la joie, ou encore la composition des puissances citoyennes, il peut être utile de se plonger aujourd’hui dans la philosophie de Spinoza.

Parcours en 3 éTapes :

  • Philosophe du dimanche :

Pour découvrir Spinoza, il faut se préparer un peu psychologiquement. Parce que se plonger dans les écrits de ce philosophe revient à sauter les deux pieds joints sur un carroussel déjà en marche. C’est un peu intimidant, on se demande comment on va s’y prendre, et puis surtout on n’est pas bien sûr de pouvoir garder l’équilibre sans se faire éjecter dès le premier tour. Mais le jeu en vaut la chandelle ! Car une fois qu’on y a trouvé ses marques, et qu’on s’y est confortablement installé, alors on ne veut plus en descendre.

Ceci dit, le philosophe du dimanche aura toujours un peu de mal à s’acclimater à Spinoza, et il lui faudra du temps (et de la réécoute) pour peu à peu se sentir plus à l’aise dans le complexe jargon de l’Ethique.

De ce fait, pour bénéficier d’un point d’entrée à la fois didactique et respectueux de la complexité de la pensée de Spinoza, j’écouterais uniquement cette émission classique datant de 1986, qui fait un tour d’horizon très complet de sa biographie et de son œuvre. Et puis je passerais directement à la suite.

  • Philosophe confirmé :

Spinoza a écrit quelques courts traités, qui sont comme autant de marchepieds vers son magnum opus : l’Ethique. Néanmoins, ces traités sont eux-mêmes plutôt difficiles à lire. La voie la plus rigoureuse (qui ne s’écarte pas trop des textes eux-mêmes) et la plus accessibles (qui puisse être empruntée par des non-initiés) reste dans ce cas d’écouter des commentaires détaillés des deux traités les plus importants :

– Le Traité de la Réforme de l’Entendement, pour lequel les 6 cours de Pierre-François Moreau sont une parfaite introduction. Ce traité marque l’entrée en philosophie de Spinoza, qui s’aperçoit qu’il ne peut accéder au bonheur sans connaître un chemin sûr vers la vérité : 

« L’expérience m’ayant appris à reconnaître que tous les événements ordinaires de la vie commune sont choses vaines et futiles, et que tous les objets de nos craintes n’ont rien en soi de bon ni de mauvais et ne prennent ce caractère qu’autant que l’âme en est touchée, j’ai pris enfin la résolution de rechercher s’il existe un bien véritable et capable de se communiquer aux hommes, un bien qui puisse remplir seul l’âme tout entière, après qu’elle a rejeté tous les autres biens, en un mot, un bien qui donne à l’âme, quand elle le trouve et le possède, l’éternel et suprême bonheur. »

Baruch Spinoza, Traité de la Réforme de l’Entendement, Chapitre 1

– Le Traité Théologico-politique, auquel France Culture a consacré une série de 4 émissions lumineuses. Ce texte exceptionnel, d’une étonnante actualité, cherche à penser la façon dont l’Etat peut se prémunir des dangers de la superstition, tout en étant capable de défendre la liberté religieuse.

Une fois encore, après avoir bénéficié de ces commentaires je passerais directement à l’écoute des textes eux-mêmes, et en particulier à celle du Traité de la Réforme de l’Entendement, qui est à mon sens l’un des plus beaux ouvrages de toute l’histoire de la philosophie.

  • Philosophe confiné :

Pour celui qui n’a pas été rebuté par la complexité des traités, il existe deux pistes pour approfondir sa lecture de Spinoza :

– Enfin s’attaquer à l’Ethique, avec ce commentaire pas-à-pas proposé par France Culture, ou encore la suite des cours de Pierre-François Moreau ;

– Prendre le chemin, tortueux mais ô combien riche en surprises, des cours sur Spinoza que proposait Gilles Deleuze à l’université de Vincennes. C’est de mon point de vue le commentaire le plus original et le plus politique de Spinoza, à tel point qu’il a été déterminant dans ma décision de devenir community organizer.

 

Michel Foucault (1926-1984)

En quoi sa philosophie est-elle pertinente dans un contexte militant ?

Biopolitique, gouvernementalité, maillage sécuritaire… nombreux sont les concepts foucaldiens que les militants peuvent aujourd’hui mettre à profit pour déconstruire la société post-moderne dans laquelle nous vivons. Mais plus encore que ces idées éparses, c’est la notion de pouvoir, omniprésente dans l’ œuvre du philosophe, qui peut nous aider à mieux comprendre à la fois le pouvoir que nous subissons mais aussi celui que nous pouvons construire.

Parcours en 3 éTapes :

  • Philosophe du dimanche :

Foucault est un piège pour les philosophes du dimanche. Parce qu’avec son écriture limpide et ses idées lumineuses, on peut parfois avoir l’impression que ce qu’il dit est évident. Or, rien n’est moins vrai. Chaque mot, chaque image, chaque tournure qu’il emploie est pleine de sens et de références cachées, que le lecteur avisé doit patiemment décortiquer pour pleinement comprendre la profondeur de ce qui est dit.

Par ailleurs, Foucault ne s’est jamais vraiment défini lui-même comme un philosophe. Constamment le nez dans les archives, il disait être à mi-chemin entre « la poussière » (les textes historiques à partir desquels il travaillait) et « les nuages » (les idées philosophiques). Ce qui fait que chacun de ses ouvrages ressemble plus à un livre d’histoire qu’à un livre de philosophie : Histoire de la Folie, Naissance de la Clinique, Naissance de la Prison, Histoire de la Sexualité…

Comment alors trouver les points saillants dans la pensée de Foucault sans pour autant relire tous ses ouvrages ? Par où commencer ?

Après avoir consulté de très nombreuses introductions à sa philosophie, je pense finalement que la meilleure introduction à la pensée de Foucault est ce vieux documentaire, difficilement trouvable et d’une piètre qualité vidéo, mais dont l’ingénieuse construction réussit à retracer le parcours intellectuel du philosophe avec un vrai souci de cohérence et surtout en utilisant beaucoup d’extraits audio du philosophe lui-même.

Pour ceux que la mauvaise qualité de ce documentaire rebute (et en attendant qu’une meilleure version ne soit en circulation), je recommanderais aussi l’étonnante interview de 1975 pendant laquelle Foucault réagit plutôt spontanément aux questions de Jacques Chancel et retrace par petites touches les évènements et les choix qui ont construit le début de son parcours intellectuel. Il existe également un documentaire, intitulé « Foucault contre Foucault« , qui retrace le parcours du philosophe en insistant sur la dispersion de sa pensée et son constant décentrement.

Mais peut-être finalement que la meilleure façon de découvrir Foucault, c’est d’accepter le caractère fragmenté de son travail, et de picorer son œuvre par petites touches, comme on peut picorer du Nietzsche ou du Pascal. Si c’était cette voie-là que j’empruntais, alors je m’attarderais sûrement tout d’abord sur la conférence que Foucault donna au Cercles d’Etudes Architecturales en 1967 et qui s’intitule « Les Hétérotopies« .

  • Philosophe confirmé :

Une fois habitué aux formulations et au vocable de Foucault, il est possible de se lancer pleinement dans ce qui a fait la gloire du philosophe : son travail sur la folie, la sexualité ou encore la prison.

Ce n’est qu’après avoir creusé ces différents thèmes qu’une forme d’évidence se pose : ce qu’étudie Foucault, c’est avant tout la façon dont les régimes de savoir produisent des mécanismes de pouvoir. Dès lors, pour avancer dans la pensée du philosophe, il est nécessaire de comprendre ce que ce dernier entend par « régimes de savoir », et en quoi ces derniers définissent la façon dont ces derniers quadrillent notre perception du monde.

Pour progresser dans cette direction, j’irais tout d’abord consulter le mythique dialogue entre Foucault et Chomsky, avant de me plonger dans un document d’introduction, à l’ouvrage « L’archéologie du savoir. »

  • Philosophe confiné :

Si vous êtes adepte des vieux cours de philosophies des années 70, enregistrés tant bien que mal sur de vieilles cassettes puis patiemment transmises, de générations d’étudiants en générations d’étudiants, alors vous allez être servis ! Il se trouve que l’université de Berkeley a numérisé puis mis en ligne de très nombreux cours de Foucault au Collège de France, qui sont donc désormais libres d’accès :

 – « Il faut défendre la société » (1976)

 – « Sécurité, territoire, population » (1978)

 – « Naissance de la biopolitique » (1979)

 – « Le gouvernement de soi et des autres » (1983)

 – « Le courage de la vérité » (1984)

 Il y a là des dizaines d’heures d’enregistrement, qui portent sur des choses aussi diverses que l’apparition du « Marché économique » comme lieu de justice, l’histoire du pastorat en Occident comme modèle de gouvernementalité ou encore la parrêsia antique comme condition de vérité politique.

Et si après tout cela vous n’étiez pas KO, vous pourriez finalement vous pencher sur les excellents cours de Deleuze à propos de la notion de pouvoir chez Foucault.

Hannah Arendt (1906-1975)

En quoi sa philosophie est-elle pertinente dans un contexte militant ?

Arendt, c’est – entre autres – la philosophe de l’action, du totalitarisme et de la banalité du mal. Cette infatigable intellectuelle, qui a analysé pendant près de 30 ans la société américaine, peut aujourd’hui nous aider à penser notre rapport à la rébellion, face à des Etats qui limitent chaque jour un peu plus nos libertés.

Parcours en 3 éTapes :

  • Philosophe du dimanche :

Comme Foucault et Rancière, Arendt a produit une pensée fragmentaire, qui refuse volontairement de se laisser piéger par des termes en -isme ou des idéologies cadenassées. C’est pourquoi, là aussi, j’aurais tendance à conseiller de commencer par un tour d’horizon biographique, avec ce court épisode de La Marche de l’Histoire, ou cette interview de Katia Genel dans Les Chemins de la Philosophie.

Puis, pour découvrir quelques aspects importants de la pensée d’Arendt résumés en quelques minutes, il serait possible d’écouter une courte vidéo sur la banalité du mal, un autre sur la condition de l’homme moderne, et une dernière sur la question de l’autorité.

  • Philosophe confirmé :

Pour approfondir les grandes œuvres de la philosophe, nous avons la chance de bénéficier de plusieurs séries de cours, de documentaires et d’interviews passionnantes :

– sur l’origine du totalitarisme, France Culture propose une série de 4 émissions très complètes ;

– sur la crise de la culture, il existe aussi une série de 4 émissions produites par France Culture ;

– sur la condition de l’homme moderne, on peut s’en remettre aux excellents cours qu’Annick Stevens a proposés à l’université populaire de Marseille ;

– sur la pensée politique d’Arendt, que travaille en filigrane la notion de révolution et de désobéissance, il existe un documentaire qui a été diffusé il y a quelques années sur Arte

  • Philosophe confiné :

Pour celles et ceux qui souhaitent prendre leur temps, et découvrir les moindres détails de la vie d’Arendt, je recommanderais chaudement les 4 épisodes (de presque 2h chacun !) proposés par France Culture dans l’émission La Grande Traversée.

Enfin, pour approfondir les réflexions d’Arendt sur la politique, et en particulier son analyse de la société démocratique américaine, il existe beaucoup d’archives vidéo et audio (notamment beaucoup d’interviews), malheureusement toutes en langue anglaise. Néanmoins, nous disposons d’un entretien de presque une heure, doublé en langue française, qui porte sur de nombreuses notions telles que la Raison d’Etat et le rôle de la pensée face à un horizon politique répressif.


Reconnaître, soutenir et mettre en réseau les organisateurs·ices

Nous défendons l’idée qu’il faut, dans les associations, les syndicats et les collectifs, former et reconnaître les militant·es en charge des questions de structuration et de construction du pouvoir collectif sur le long terme.