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Comment mobiliser 250 000 personnes sans Facebook ? L’exploit de Bayard Rustin

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Par Jean-Michel Knutsen | 12 Juin 2019

Jean-Michel Knutsen est organisateur. Après avoir travaillé dans le monde politique, puis enseigné la philosophie pendant plusieurs années, il a vécu trois ans au Royaume-Uni afin de se former à la méthode du community organizing. De retour en France, il a fondé Organisez-vous ! afin d’accompagner les associations, les collectifs et les syndicats dans le développement de leur pouvoir collectif.

[Le thème de cet article s’inspire de l’excellent blog anglophone Act, Build, Change, qui propose régulièrement un contenu de qualité à destination des organisateurs-trices souhaitant enrichir leurs pratiques.]

Le 28 août 1963 eut lieu la « Marche sur Washington pour l’Emploi et la Liberté », l’une des manifestations les plus importantes de l’histoire des Etats-Unis. C’est ce jour-là que Martin Luther King Jr. prononça son célèbre discours « I have a dream ». Face à 250 000 militants du mouvement des droits civiques. Ce discours émut une nation, un monde, et inspira les générations futures dans leur engagement pour un monde meilleur.

Malheureusement, c’est tout ce dont on se souvient aujourd’hui. Et ce que beaucoup de livres d’histoires omettent de raconter, c’est l’histoire de l’organisateur qui orchestra cette incroyable démonstration de force : Bayard Rustin.

Bayard Rustin et Martin Luther King Jr.

Cet article est consacré à cet organisateur méconnu ainsi qu’à sa pratique du community organizing. Comment parvint-il à mobiliser 250 000 personnes à une époque où Facebook n’existait pas ?

Le mentor de Martin Luther King Jr.

Bayard Rustin naît le 17 mars 1912 en Pennsylvanie. Il est élevé par sa grand-mère, militante et quaker. Celle-ci joue un rôle important dans sa vie, notamment en lui enseignant les valeurs et principes de la non-violence.

En 1944, Rustin a 32 ans. La Seconde Guerre mondiale fait rage, mais il refuse de servir dans l’armée. Ce geste militant le fait condamner à trois ans d’incarcération. En prison, il fait face à la violence des gardes et des prisonniers blancs. Ce qui ne l’empèche pas de militer contre la ségrégation dans le milieu carcéral.

Tout au long de sa vie, Bayard Rustin fera de nombreux séjours en prison.

Une fois libéré, il est engagé par un réseau international qui milite pour la paix et la non-violence. Au sein de cette organisation, il a l’opportunité de partir se former en Inde, en Afrique et en Europe. Lors de ces voyages, il découvre le travail des militants de divers mouvements pour l’indépendance et la paix, dont Mahatma Gandhi.

De retour aux Etats-Unis, Bayard Rustin rencontre le jeune Martin Luther King Jr., qui n’a alors que 25 ans. Rustin devint son mentor. Il l’accompagne, de 1955 à 1956, dans l’organisation du boycott des bus de Montgomery en Alabama.

Pourquoi marcher sur Washington ?

Le projet d’une Marche sur Washington ne surgit pas de nulle part. Dès les années 1940, Bayard Rustin et A. Philip Randolph envisagent d’organiser une grande marche des Afro-américains vers la capitale du pays.

Tous les deux veulent défier le pouvoir des blancs qui siègent à la Maison Blanche. Mais aussi occuper un espace symbolique et le revendiquer pour tous.

Ainsi, en Juin 1941, Rustin commence à préparer la mobilisation de 100 000 travailleurs noirs pour marcher sur Washington. Son but est de dénoncer les pratiques discriminatoires des sous-traitants de l’armée américaine.

De façon inattendue, la simple menace de cette manifestation suffit pour faire plier le président Roosevelt. Ce dernier crée un « Comité pour le Recrutement Equitable » au sein de l’armée. Et il annonce l’interdiction de toute discrimination à l’embauche dans l’industrie de la défense.

Heureux de ce succès, le jeune organisateur reste néanmoins sur sa faim. Sa marche n’a pas vraiment eu lieu. C’est pourquoi il garde précieusement cette idée en tête et finit par la mettre en oeuvre, quinze ans plus tard.

Un Pélerinage pour la Liberté

Nous sommes en 1956. Le boycott des bus de Montgommery (déclenché par l’acte héroïque de Rosa Parks) est courroné de succès. Bayard Rustin et Martin Luther King Jr. s’interrogent sur leurs prochaines actions.

Tous deux souhaitent continuer le travail de terrain. Car pour eux, l’important est engager des luttes concrètes dans le Sud des Etats-Unis. Toutefois, d’un point de vue stratégique, c’est dans le Nord qu’il faut agir, car c’est là que se situent les législateurs.

C’est dans ce contexte que Bayard Rustin raconte à Martin Luther King Jr. son projet d’une Marche sur Washington. L’idée plaît beaucoup au jeune pasteur. A tel point que ce dernier propose d’en profiter pour rassembler le réseau des leaders chrétiens qui soutiennent la cause des noirs

En quelques mois, le projet se concrétise. Et comme il s’agit de rassembler des croyants, les organisateurs décident d’appeler cet évènement le « Pélerinage pour la liberté ».

Appel au « Pélerinage pour la Liberté ». Bayard Rustin est à gauche au deuxième rang.

Le rassemblement a lieu le 17 Mai 1957, devant le Mémorial Lincoln (figure importante qui avait aboli l’esclavage en 1865). Martin Luther King Jr. y prononce l’un de ses premiers grands discours : « Give Us the Ballot » (« Donnez-nous le droit de vote »). Ce coup d’essai est un moment fort, qui rassemble plus de 25 000 personnes.

Discours de Martin Luther King, Jr. lors du Pélerinage pour la Liberté [Credit : Hulton Archive/Getty Images]

Comment aller plus loin ?

Le « Pélerinage pour la Liberté » est une belle action. Néanmoins, cet évènement reste d’ordre purement symbolique. En effet, il ne produit aucun résultat tangible sur le progrès des droits civiques. Conscient de cette limite, Rustin se pose donc la question suivante :

Comment décupler notre mobilisation afin qu’elle fasse d’avantage pression sur le président ?

Or, face à la faiblesse d’une mobilisation, le réflexe des militants est souvent de se poser le problème en termes quantitatifs : « Si nous avions été plus nombreux, se disent-ils, nous aurions eu plus d’impact ».

Toutefois, même si ce raisonnement semble logique, Rustin en perçoit la faiblesse : cela ne sert à rien de mobiliser des milliers de personnes tant que cette mobilisation reste ponctuelle. Car ce qui fait pression sur le président, ce n’est pas tant la mobilisation elle-même que le réseau qui l’organise sur la durée et partout sur le territoire.

En d’autres termes, la préparation d’une mobilisation ne se mesure pas en termes quantitatifs mais qualitatifs. Ce qui lui donne sa force, ce n’est pas l’acte de mobilisation mais plutôt les liens de solidarité durable qui unissent ses militants.

Avant de se mobiliser, il faut donc s’organiser

Rustin s’aperçoit qu’il doit changer de méthode. Il reformule alors sa question en des termes nouveaux :

Comment organiser une mobilisation nationale afin que celle-ci structure tous les collectifs afro-américains du pays ?

Pour peser face au gouvernement, le mouvement des droits civiques doit se constituer un réseau national d’associations, de collectifs et de syndicats qui parviennent à se mettre d’accord pour lutter ensemble.

Rustin et les autres organisateurs doivent donc s’armer de patience. Ils ne retourneront à Washington que lorsqu’ils auront été capable de surmonter une tâche titanesque : accompagner, structurer et unifier tous les mouvements afro-américains des Etats-Unis.

Une grande marche commence toujours par de petits pas

Par choix stratégique, ils décident alors de commencer par la création d’un réseau de congrégations afro-américaines. En effet, au début des années 60, des marches sont organisées quasi-quotidiennement partout dans le sud des Etats-Unis. De nombreux pasteurs encouragent leurs congrégations à mener des actions de désobéissance civile, qui sont très souvent réprimées par la police.

Afin de canaliser ces manifestations et de les renforcer par une solidarité collective, Rustin crée, avec Ella Baker, Stanley Levinson et Martin Luther King Jr, la Conférence du Leadership Chrétien du Sud (Southern Christian Leadership Conference, SCLC), dont l’objectif premier est de faciliter le développement d’un mouvement cohérent qui puisse organiser de puissantes actions collectives.

Ella Baker

Avec Ella Baker, Rustin prépare des formations à l’organisation collective et fait le tour du sud des Etats-Unis afin d’apprendre aux collectifs naissants à se structurer, à planifier leur stratégie de lutte, et à gagner des campagnes locales.

Ce lent travail de formation et de structuration de la communauté afro-américaine permet de souder un immense réseau qui, d’année en année, devient une base militante capable de se mobiliser en masse.

La fraternité se construit dans la lutte

L’action est l’oxygène d’une organisation millitante. C’est pourquoi, afin d’accompagner le développement de la base du mouvement des droits civiques, les organisateurs de la Southern Christian Leadership Conference encouragent les manifestations locales et les sit-ins dans les restaurants, les théâtres, les hôtels et les salons de coiffure.

Car, même si le coeur de la lutte est l’obtention des droits civiques pour tous, cette revendication générale se décline en de nombreux conflits locaux et plus limités, qui ont chacun leur spécificité : l’éducation, l’accès à l’emploi, les transports…

Les organisateurs encouragent donc de nombreuses actions de petite envergure qui développe une culture de la mobilisation et renforce la solidarité des militants.

Bayard Rustin en campagne pour l’égalité à l’école

Ainsi, au début des années 60, la Southern Christian Leadership Conference monte en puissance et multiplie les actions, tandis que d’autres organisations telles que la National Association for the Advancement of Colored People (Association Nationale pour la Promotion des Gens de Couleur) et le Student Nonviolent Coordinating Committee (Comité de coordination non-violent des étudiants)  mènent également de nombreuses luttes, notamment sur la question de l’éducation.

Malgré les rivalités entre leaders et les oppositions sur des questions politiques, les efforts combinés de ces organisations contribuent à élargir et à renforcer la base des militants afro-américains. Une mobilisation de masse devient enfin envisageable.

Deux années de préparation

Bayard Rustin commence à planifier la grande marche sur Washington en Décembre 1961 (soit 4 ans après le « Pélerinage pour la Liberté »). Dès le début, il craint que les militants démocrates ou les amis modérés de King préviennent l’administration Kennedy et fassent capoter l’opération.

Or, pour que la marche ait lieu, il faut en organiser les prémisses, puis mettre l’Etat face au fait accompli pour lui forcer la main. Dans le plus grand secret, Rustin s’entoure donc d’organisateurs radicaux en qui il a confiance. Ensemble, ils préparent la mobilisation et commence à cartographier des alliés potentiels. Plus d’un an plus tard, au début de l’année 1963, l’appel pour une grande « Marche sur Washington » est enfin rendu public.

Conférence de presse en 1963
(de gauche à droite : Bayard Rustin,
Asa Philip Randolph et Dr. John Morsell)

Toutefos, rien n’est encore joué. Pendant plusieurs mois, les organisateurs de la Southern Christian Leadership Conference bataillent encore avec leurs alliés pour s’entendre sur les revendications et le déroulement de la marche. Bayard Rustin doit encore une fois faire preuve de patience. Mais ses efforts finissent par payer.

Première victoire : le soutien du président

En Mai 1963, l’organisateur A. Philip Randolph annonce publiquement que la National Association for the Advancement of Colored People participera à la marche. Quelques semaines plus tard, de nombreuses autres organisations rejoignent la coalition. La mobilisation prend de l’ampleur.

Un mois plus tard, le président John Kennedy et le Ministre de la Justice Robert Kennedy rencontrent les représentants de la coalition et tentent de les convaincre d’abandonner. Un accord est trouvé : John Kennedy soutiendra publiquement la marche à condition que celle-ci ne soit qu’un rassemblement pacifique, sans actions directes. Ce compromis conduira Malcolm X à condamner la marche et à parler de « Farce on Washington ».

Rencontre entre les représentants de la coalition, le Ministre de la Justice (Robert Kennedy) et le Vice-Président (Lyndon B. Johnson)

La coalition est formée et le président s’est positionné comme un allié. Ce sont de belles victoires, mais le plus dur est encore à venir. Rustin a la lourde de tâche de s’appuyer sur l’immense réseau qu’il a contribué à bâtir, pour structurer la mobilisation et en assurer la logistique dans les moindres détails.

Le manuel de l’organisateur

Rustin et les autres organisateurs sont conscients de leur vulnérabilité. En organisant un tel évènement, ils font face à de nombreux risques – notamment physiques – auxquels ils doivent être attentifs. La minutie de leur travail préparatoire est alors un signe de leur sens de la responsabilité : une bonne mobilisation se prépare dans les moindres détails.

Rustin établit son quartier général avec 200 militants bénévoles dans la grande salle de la Radio WUST, à Washington. Les organisateurs passent leurs journées au téléphone pour encourager et coordonner les milliers de groupes qui vont se rassembler à Washington le 28 Août.

Afin de s’assurer que chacun de ces groupes ait en sa possession toutes les informations nécessaires à sa participation, Rustin rédige deux « Manuels des organisateurs » (dont le second est accessible ici).

Manuel des organisateurs #2

Ce manuel nous donne aujourd’hui une idée du dégré de précision que les organisateurs devaient avoir pour espérer coordoner la mobilisation.

C’est un document historique, dont la structure contient aujourd’hui encore des enseignements utiles pour celles et ceux qui souhaitent s’organiser sans faire appel aux hasards du « buzz » :

  • Nommer clairement les leaders du mouvements et leur position
  • Rappeler avec précision quelles sont les raisons de la mobilisations
  • Présenter une liste simple et précise des revendications du mouvement
  • Expliquer comment ces revendications seront présentées à la cible de la mobilisation
  • Clarifier qui est invité à la mobilisation
  • Lister l’ensemble des actions que les militants peuvent accomplir pour participer à l’organisation de la mobilisation
  • Faciliter l’arrivée des militants et s’assurer qu’ils connaissent par avance l’itinéraire de la mobilisation
  • Partager le programme heure par heure de la mobilisation
  • Encourager les groupes de militants à nommer des coordinateurs et des participants au service d’ordre, afin d’établir des chaînes d’information et de coordination plus efficaces

On s’en aperçoit ici, la Marche sur Washington n’est pas Woodstock. Pour les organisateurs, il ne s’agit pas de s’appuyer sur les initiatives individuelles de chacun pour créer un moment festif, mais plutôt de marquer collectivement une étape solennelle dans le lent mouvement d’organisation de la communauté afro-américaine.

On est donc ici bien loin des mobilisations spontannées aujourd’hui permises par les réseaux sociaux, dont l’absence d’organisation dilue l’impact et rend vulnérable aux violences policières.

Bayard Rustin (à gauche) devant le Quartier Général de la mobilisation

Le grand jour arrive

Le 28 Août 1963, plus de 250 000 de militants afro-américains de tout le pays se rendent à Washington. Plus de 2 200 bus et 40 trains ont été affrétés spécialement pour eux.

Sur le trajet de la marche, les bénévoles distribuent 80 000 paniers repas et 10 000 littres d’eau. C’est le plus grand rassemblement politique que Washington est jamais connu.

Les militants se massent devant le Mémorial Lincoln, comme lors du « Pélerinage de la Liberté » six ans plus tôt. Mais l’impact de ce rassemblement est très différent. Non seulement les militants sont dix fois plus nombreux, mais ils représentent aussi toutes les facettes du mouvement pour les droits civiques. Parmi les bannières et les pancartes, on peut voir le nom d’associations, de collectifs de femmes, de syndicats, de mouvements religieux…

Martin Luther King clôt la Marche pour l’Egalité par son fameux discours « I have a dream »

Au coeur de la journée, Martin Luther King Jr. monte à la tribune, et proclame « I have a dream ». L’extraordinaire justesse de ses mots résonne dans l’assistance silencieuse.

La vision de Bayard Rustin est finalement devenue réalité. Il lui aura fallu plus de vingt ans pour la réaliser

La marche a un retentissement international. Elle place les noirs américains en position de force, et contribue à contraindre le gouvernement américain d’adopter les Civil Right Acts de 1964 et 1965.

Un tel succès aurait pu propulser n’importe quel individu sous les projecteurs, et faire de lui une figure militante internationale acclamée et reconnue. Pourtant, Bayard Rustin reste dans l’ombre, toujour éclipsé par Luther King.

Comment expliquer que cet organisateur ait ainsi été écarté de la mémoire collective universelle ?

Dans l’ombre de Martin Luther King Jr.

Si Bayard Rustin est inconnu du grand public, c’est avant tout parce qu’il est organisateur et non pas leader.

Son rôle n’est pas d’écrire des discours ni de monter à la tribune. Il doit plutôt s’assurer que le mouvement qu’il organise repose sur une base militante solide, structurée et capable de se mobiliser efficacement.

Toutefois, même si Rustin avait choisi d’être un homme de l’ombre, cela ne suffit pas à expliquer pourquoi son travail a été à ce point éclipsé pendant des années.

On sait aujourd’hui, grâce à la correspondance épistolaire de Rustin, aujourd’hui disponible au grand public, que c’est son homosexualité qui qui provoqua des tensions au sein du mouvement des droits civiques et le conduisit plusieurs fois à en être écarté.

Par exemple, en 1953 Rustin fut arrêté pour avoir eu des relations sexuelles avec un homme, à une époque où l’homosexualité constituait un crime dans tous les Etats américains. Rustin fut alors condamné à un séjour en prison, d’une durée de 60 jours. Suite à cet épisode, il fut rejeté par des membres de sa propre organisation et fut finalement renvoyé du Mouvement de la Réconciliation.

Quelques années plus tard, en 1960, alors que Rustin travaillait avec Martin Luther King Jr, il fut de nouveau victime de la violence et de l’intolérance de ses pairs. Adam Clayton Powell, élu démocrate afro-américain à la Chambre des Représentants, menaça King : « Soit Rustin part, soit je fais courir le bruit que vous avez une histoire ensemble. » 

King prit peur, et poussa son ami à la démission. Rustin espérait que quelqu’un prendrait sa défense, mais il n’en fut rien. Il dut donc travailler dans l’ombre jusqu’en 1963, date à laquelle King le rappella officiellement auprès de lui dans le cadre des derniers préparatifs de la marche sur Washington.

Un récent retour en grâce

Après être longtemps resté dans l’ombre de son apprenti, Rustin commence aujourd’hui à être reconnu comme l’une des plus grandes figures du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis. Et les historiens se penchent désormais sur le rôle qu’il a joué, dans les années 1980, pour la reconnaissance des droits des LGBT.

En 2013, Barack Obama a remit (à titre posthume) la médaille présidentielle de la liberté à Bayard Rustin, en prononçant le discours le suivant :

« Bayard Rustin fut un militant intransigeant pour la cause des droits civils, de la dignité et de l’égalité pour tous. En tant que conseiller du révérend Martin Luther King Jr, il promut la résistance non-violente, participa à l’une des premières Chevauchées de la Liberté, organisa la Marche sur Washington pour l’Emploi et la Liberté de 1963, et combattit sans relâche pour les communautés marginalisées aux Etats-Unis comme à l’étranger. En tant qu’afro-américain ouvertement gay, M. Rustin se trouva à l’intersection de plusieurs des luttes pour l’égalité des droits. »

L’héritage de Bayard Rustin

Les réseaux sociaux, et leur capacité de mobilisation quasi-immédiate, ont fait ressurgir aujourd’hui la conception « quantitative » des actions collectives.

De plus en plus de mouvements sociaux naissent sur Facebook et sont menés par des leaders dont la notoriété provient avant tout des réseaux sociaux. Au début, ces nouvelles formes de militantisme impressionnent, grâce à leurs fortes capacités de mobilisation.

Néanmoins, faute de structure, leurs mobilisations se délitent progressivement face à la répression policière et aux diverses tentatives de récupération ou de noyautage.

Dans ce contexte, Bayard Rustin peut nous aider à avancer en réévaluant la force illusoire que nous ont donné Facebook, Twitter, Youtube et ces autres entreprises de la Sillicon Valley. Car, aujourd’hui comme dans les années 50, le nombre de manifestants n’a d’importance que si ces derniers se sont structurés autour de revendications précises, et qu’ils sont capables de déployer un réseau local solide, organisé et résilient.

Ainsi, Facebook ne nous a pas affranchis du lent travail d’organisation qui doit nécessairement précéder toute mobilisation victorieuse. Certes, depuis les années 70, l’urgence sociale et l’urgence climatique nous imposent d’agir au plus vite. Mais à force de courir sans relâche des séries de sprints, il ne nous reste plus aucune énergie pour préparer le vrai marathon.

Rien ne pourra jamais remplacer le travail de fond nécessaire pour rassembler une coalition, la structurer et la doter d’une stratégie cohérente.

La meilleure façon de se mobiliser, c’est finalement d’ignorer Facebook. Car les mobilisations éclairs ne mènent qu’à des victoires factices.

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